En ce 28 avril: se souvenir, et agir

Il existe plusieurs indicateurs de SST et certains montrent une évolution positive et encourageante de la situation. Par exemple, le nombre d'accidents du travail chute depuis des années tant au Québec qu'au Canada. Ainsi, selon l'Association des commissions des accidents du travail du Canada, le nombre d'accidents avec perte de temps indemnisée  au Québec est tombé sous la barre des 100 000 en 2001 après avoir atteint un sommet, en 1989, avec 218 708. En 2015, le nombre de dossiers ouverts et acceptés pour une lésion professionnelle se chiffrait à 87 618. Il s'agit d'une baisse importante.

Vous me direz, et avec raison, que ces statistiques ne sont d'aucune consolation pour les familles et les proches des travailleurs qui ont perdu la vie dans l'exercice de leur fonction. Nous avons envers eux, je crois, un devoir de souvenir qui doit déborder du cadre de chaque 28 avril, Journée internationale de commémoration des victimes d'accidents du travail et de maladies professionnelles. Ces victimes étaient encore 196 à perdre la vie en travaillant au Québec en 2015, soit un nombre un peu moins élevé que les 223 décès déplorés en 2005, mais encore beaucoup, beaucoup trop important.

Toute médaille a son revers. La diminution du nombre d'accidents du travail ne doit pas devenir un miroir aux alouettes qui nous détourne de la prévention. Ne perdons pas de vue que les maladies professionnelles n'ont jamais fait autant de victimes; que des secteurs d'activité comme la construction affichent des bilans lésionnels préoccupants; que le fléau des troubles musculosquelettiques est loin d'être éradiqué bien qu'il se résorbe progressivement; de près de 30 000 en 2009, le nombre total de lésions TMS a diminué à 22 260 en 2015; que des défis majeurs se pointent entre autres le vieillissement de la main-d'œuvre, etc.

Réjouissons-nous de constater que des indicateurs de SST évoluent positivement, mais ne baissons pas les bras. Retroussons plutôt nos manches en se rappelant que la CNESST a versé pas moins de 1 926 688 000 $, soit près de 2 milliards de dollars, en prestations en 2015. Que des associations paritaires, patronales, syndicales et professionnelles, des employeurs et des travailleurs s'investissent à fond en matière de prévention des lésions professionnelles.

Le hasard a voulu que l'IRSST publie son rapport Lésions professionnelles indemnisées au Québec en 2010-2012 - Profil statistique par industrie/catégorie professionnelle et une annexe alors même que l'Organisation internationale du travail (OIT) choisissait comme thématique du 28 avril « la nécessité cruciale, pour les pays, d'améliorer leur capacité à collecter et à utiliser des données fiables sur la SST ».

À cet égard, l'IRSST demeure un joueur de premier plan dans la production d'indicateurs et de données statistiques de SST. En 2016, nous n'avions pas moins de 173 activités ou projets de recherche actifs dans lesquels plus de 200 organismes partenaires étaient engagés. Tous ces projets ont pour objet de fournir aux préventeurs, aux travailleurs et aux employeurs les connaissances et les données probantes sur lesquelles ils peuvent fonder leurs actions préventives et celles en matière de réadaptation et de retour au travail des victimes.

En ce 28 avril 2017, je conclurai en disant que nous n'avons pas seulement le devoir de nous souvenir des victimes d'accidents du travail ou de maladies professionnelles. Nous avons aussi le devoir d'agir afin d'éliminer à la source même des dangers pour la santé, la sécurité et l'intégrité physique des travailleurs québécois actuels, comme le stipule la Loi sur la santé et la sécurité du travail, et de contribuer, par la recherche, à prévenir la survenue de ces lésions.

Regardons devant, et soyons vigilants! Tous ensemble.

Marie Larue

 

SST - L'état des lieux

Depuis plus de 30 ans, l'IRSST publie un profil statistique par industrie-catégorie professionnelle des lésions professionnelles indemnisées au Québec. En combinant les données de la CNESST et celles de Statistique Canada, le Groupe connaissance et surveillance statistiques de l'Institut élabore une large variété d'indicateurs. On y trouve entre autres les taux de fréquence et de gravité des lésions, leurs coûts, de même qu'une description des caractéristiques des accidents et des maladies professionnelles. L'exercice est répété à tous les cinq ans, cette fois avec les données 2010-2012, ce qui permet de travailler avec des données qui ont atteint une certaine maturité et donc de mieux mesurer les conséquences des lésions. Autre caractéristique, ces indicateurs sont calculés sur la base du nombre d'employés à temps complet (ETC) plutôt que sur la base des effectifs en nombre d'individus; ainsi, on peut apprécier l'importance du travail à temps partiel et les différences qui existent selon l'âge et le sexe. Le rapport et son annexe constituent une source précieuse d'information pour les préventeurs puisqu'il permet entre autres de déterminer quels sont les industries et les catégories professionnelles (travailleurs manuels, travailleurs non manuels, travailleurs mixte) qui sont associées à des problèmes importants de SST.

Des informations plus générales y sont aussi publiées. Ainsi, on apprend - et nous nous en réjouissons - que durant la période 2005-2007 à 2010-2012, le nombre annuel de lésions professionnelles avec perte de temps indemnisée (PTI) a chuté de plus du quart (26 %). S'il y a moins de lésions, leur durée moyenne par contre a connu une hausse passant de 87,9 jours à près de 101 jours. Pas étonnant que le coût moyen par lésion s'élève à 52 506 $ en 2010-2012 par rapport à 40 830 $ en 2005-2007. Globalement, ces coûts atteignent près de 5 milliards de dollars par an (4,9 G$), soit 3,2 G$ attribuables à des coûts humains (en bleu sur le tableau) et 1,6 G$ à des coûts financiers. Les coûts financiers étant la sommation des frais médicaux, administratifs, des coûts salariaux et de ceux relatifs aux pertes de productivité. Le tableau ci-dessous répartit en pourcentage le coût annuel des accidents du travail et des maladies professionnelles. 

Vous aimeriez sans doute savoir quel rang occupe votre secteur d'activité économique par rapport au coût moyen par travailleur des lésions professionnelles? Rien de plus facile. Vous consultez l'annexe RA-963 pour apprendre, par exemple, que les 1 224 travailleurs manuels du secteur Activités de soutien à l'agriculture et à la foresterie (code SCIAN 115) ont subi 335 lésions par année; ils figurent en tête de liste avec un coût moyen de 116 846 $ par lésion , soit 31 992 $ par travailleurs ETC. Pour fins de comparaison, ce sont les 916 travailleurs non manuels du secteur Traitement des données, hébergement de données et services connexes  (code SCIAN 518)  qui affichent la meilleure situation; la seule lésion indemnisée à coûter 1 780 $, soit 3 $ par travailleur ETC. Voir les secteurs surlignés en jaune dans le tableau ci-dessous. (Pour l'agrandir, cliquez sur le tableau.)

De plus, les indicateurs montrent qu'il y a 12 industries-catégories professionnelles dont le taux de fréquence ETC de lésions avec PTI est plus de trois fois supérieur à la moyenne québécoise; à eux seuls, ces 12 secteurs sont associés à 28 % des lésions avec PTI, même s'ils ne représentent que 8 % de l'ensemble de la main-d'œuvre.

Les quelques indicateurs dont j'ai fait état ne sont qu'une infime partie des données contenues dans ce rapport et son annexe. Je suis convaincue que la production de telles statistiques à tous les cinq ans est importante pour ceux et celles qui veulent suivre l'évolution du bilan lésionnel de leur secteur d'activité. À l'aide de ces indicateurs, vous pourrez bien circonscrire vos actions préventives et vous positionnez par rapport à d'autres secteurs. Ces statistiques ne sont pas utiles qu'aux préventeurs et intervenants en SST; elles intéressent également les scientifiques puisqu'elles orientent aussi les sujets de recherche des prochaines années.

Je vous invite à les consulter.

Marie Larue

 

 

Que nous réservent la cobotique et l’intelligence artificielle?

Le travail et les façons de l'exécuter ne cessent d'évoluer. Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, l'introduction de la machine à vapeur bouleverse les méthodes de production et les moyens de transport. Un siècle plus tard, la chimie, la domestication de l'électricité et le développement du moteur à explosion alimenté par le pétrole sont à l'origine de ce qu'on appelle « la plus grande révolution industrielle de l'histoire du monde ». Ces changements pavent la voie à de nouvelles formes d'organisation scientifique du travail, à la spécialisation des travailleurs (le taylorisme) ainsi qu'au travail à la chaîne, méthode inventée par le constructeur d'automobiles Henry Ford qui impose une cadence de travail déterminée par la vitesse à laquelle les convoyeurs mécaniques apportent les pièces aux ouvriers. La fin du XXe siècle se démarque par l'arrivée des nouvelles technologies de l'information et de la communication. La conception des microprocesseurs conduit à la production d'ordinateurs et à tous les changements dont on a pu bénéficier et dont on bénéficie encore.

Au XXIe siècle, c'est la cobotique et l'automatisation du travail qui sont décrits comme étant à l'origine de la quatrième révolution industrielle.

Des entreprises québécoises intègrent déjà ou réfléchissent à l'implantation des robots dits collaboratifs ou cobots à leur ligne de production. Ces cobots se distinguent des robots « conventionnels » par leur coût beaucoup plus abordable et, surtout, par leurs interactions avec le travailleur qu'ils accompagnent et aident dans ses tâches. L'homme et la machine interagissent et partagent ainsi une même zone de travail, ce qui n'est pas sans créer de nouveaux risques pour les travailleurs, risques qui font déjà d'ailleurs l'objet d'études conduites par l'IRSST.

Cette automatisation des tâches ne se fera pas sans transformations majeures du travail tel qu'on le connaît, mais aussi des parcours professionnels des travailleurs. Si cette numérisation du travail ouvre de nouvelles opportunités, elle peut aussi remettre en question les emplois à moindre valeur ajoutée et ceux dont les tâches se caractérisent par leur répétitivité ou leur pénibilité. Dans une synthèse sur l'avenir du travail intitulée Automatisation et travail indépendant dans une économie numérique (mai 2016), l'OCDE fait d'ailleurs des projections relatives au pourcentage de travailleurs qui occupent présentement un emploi dont les tâches pourraient être automatisées. Pour le Canada, l'OCDE avance qu'environ un emploi sur trois comporte entre 50 et 70 % de tâches automatisables et que près de 10 % des emplois comportent au moins 70 % de tâches automatisables.

Que nous réserve cette nouvelle « révolution »? Quelles seront les conséquences de ces interactions entre les machines et l'homme sur la santé, la sécurité et l'intégrité physique et psychologique des travailleurs? Chose certaine, la recherche scientifique se penche déjà sur ces nouveaux phénomènes. Entre autres, elle anticipe, apprécie et caractérise ces nouveaux risques, évalue la performance des mécanismes de sécurité des cobots, observe les installations cobotiques et leurs interactions avec les travailleurs, réfléchit aux mesures préventives à recommander afin que cette « cohabitation » se déroule correctement sur le plan de la santé et de la sécurité du travail. Car nouveauté ne signifie pas nécessairement sans danger.

Nous y reviendrons sûrement.

Marie Larue

 

NB: Wikipédia nous dit que le néologisme cobotique vient des mots coopération et robotique et en donne la définition suivante: ... branche émergente de la technologie, à l'interface de la cognitique et du facteur humain (comportement, décision, robustesse et contrôle de l'erreur), de la biomécanique  (modélisation du comportement et de la dynamique des mouvements) et de la robotique (utilisation d'artefacts dans un but de production de comportements mécaniques fiables, précis et/ou répétitifs à des fins industrielles, de santé ou de convivialité). L'objectif des cobots est d'automatiser un large éventail de tâches et de travailler au plus près de l'homme.
Coup d'oeil sur la femme au travail
On dit souvent que la moitié du monde est une femme. La situation n'est pas différente au Québec où, selon Statistique Canada, on dénombrait 49,7 % d'hommes et 50,3 % de femmes en 2015. Au regard de l'emploi et du marché du travail, les femmes occupent une place de plus en plus importante. En 1980, les hommes représentaient près des deux tiers (62 %) de la population occupant un emploi tandis que 38 % des emplois étaient assurés par les femmes. Or, 35 ans plus tard, les Québécoises constituent près de la moitié de la main-d'œuvre (48 %). Ce qu'on dit peu toutefois, c'est que les femmes sont surreprésentées (65 %) dans les emplois à temps partiel par rapport aux hommes (35 %).
 
Les statisticiens et les démographes ont aussi démontré que les tâches associées à un emploi de même que la nature et les exigences d'un environnement de travail peuvent être différentes entre les hommes et les femmes. Ces distinctions selon le sexe du travailleur ont une réelle influence sur les risques pour leur santé et leur sécurité au travail. Pour obtenir ces indicateurs, l'IRSST a tenu compte de la catégorie professionnelle, de la profession, du nombre d'heures travaillées, de l'âge, de l'industrie et du nombre de travailleurs. Ces travaux ont donné lieu à la publication d'un dossier intéressant dans notre microsite Statistiques sur mesure. De plus, ces différences associées au genre et au sexe ne sont pas étrangères au fait que l'Institut et des partenaires subventionnent depuis 2013 la première chaire en SST sur le genre, le travail et la santé, dont la titulaire est Julie Côté de l'Université McGill. Son programme de recherche s'intitule « une meilleure compréhension pour une meilleure prévention des TMS liés au travail : une approche concertée selon le genre et sexe ». Cette initiative, entre autres, s'inscrit tout à fait dans ma philosophie en cette matière, c'est-à-dire que l'IRSST doit consacrer tout autant d'efforts de recherche à étudier les difficultés vécues par les femmes en milieu de travail que celles éprouvées par les hommes à l'égard de leur santé, de leur sécurité, mais aussi en matière de réadaptation au travail. Pour moi, il s'agit d'une question d'équité à l'endroit des femmes en matière de recherche. C'est notre contribution et j'y tiens. La recherche doit inclure TOUTES les catégories de travailleurs, dont les femmes puisqu'elles constituent près de la moitié de la main-d'œuvre.

À l'IRSST, la contribution des femmes sur le marché du travail n'est pas seulement une préoccupation de recherche; elle se traduit aussi par l'influence qu'elles ont dans notre organisation.

À toutes les femmes, mais particulièrement aux Québécoises qui font partie de la main d'œuvre active, je souhaite une journée internationale propice à la réflexion au regard de la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles.

Marie Larue

 

 

 

35e anniversaire de l'IRSST - Place à la sécurité

« Une enquête du Conseil de la recherche en santé du Québec complétée au cours de l'été 1977, auprès de 35 chercheurs, a permis de dénombrer 57 projets en cours. Un grand nombre de sujets de recherche sont touchés, alors que la majorité des travaux portent sur les cancers, les maladies pulmonaires, les effets de certaines substances toxiques et les répercussions psychologiques de certains types de travaux. » [i]

Ce qui saute aux yeux en relisant ce passage de la Politique québécoise de la santé et de la sécurité des travailleurs publiée en 1978, c'est la moindre place accordée aux études portant sur la sécurité par rapport à celles qui traitent de la santé. D'ailleurs, la dénomination des premières équipes associées de recherche, statut accordé par l'IRSST à des groupes de chercheurs externes rattachés à des universités et auxquels l'Institut accordait des subventions, démontre bien cet intérêt en faveur des questions sanitaires. Ces équipes se consacraient à la « toxicologie industrielle », à « l'épidémiologie des lésions professionnelles », à « l'épidémiologie des cancers professionnels », au « génie biomédical », à « la pathophysiologie et le dépistage précoce des pneumoconioses », etc. De plus, ce sont des questions de santé qui se trouvent au coeur du projet initial du premier programme de recherche interne lancé par l'IRSST en 1981 et qui s'intitulait La femme au travail. On trouvait bien quelques projets en matière de sécurité dans le carnet de recherche de l'Institut, mais ce n'est qu'en 1982 - trois ans après sa création - que son programme de recherche interne Sécurité et ingénierie fut mis sur pied. On peut lire dans le rapport annuel 1982 que ce changement d'orientation « reflète une préoccupation majeure exprimée par le monde du travail et correspond à une priorité définie par la Commission de la santé et de la sécurité du travail ». Le tout premier projet de ce programme aura pour objet la sécurité des travailleurs sur les chantiers de construction, qui « comptent une proportion alarmante d'accidents du travail ». 

Aujourd'hui, la composition de notre carnet de recherche est plus équilibrée et il se réalise beaucoup plus de recherche en SST. Ainsi, en 2014, à lui seul, l'IRSST comptait 185 projets actifs. Et sur les 35 nouveaux projets dont les travaux débutaient en cours d'année, pas moins de 10 portaient spécifiquement sur la sécurité, c'est-à-dire sur des questions de prévention des risques mécaniques et physiques, alors que les résultats de ce champ de recherche donnaient lieu à la publication de 10 rapports scientifiques, de trois fiches techniques et de deux outils d'intervention pour soutenir les préventeurs. Pour sa part, le Plan quinquennal, 2013-2017 de l'Institut prévoit 13 programmations thématiques ayant pour objet la sécurité du travail. On y trouve des sujets aussi divers que le cadenassage des machines, les outils portatifs, la protection auditive, la résistance des gants et des vêtements de protection aux agresseurs mécaniques et physiques, les chutes de hauteur, les sièges à suspension, les signaux d'alarme, etc.

En 1983, Robert Sauvé, président de l'IRSST, écrivait que les indicateurs de lésions nous invitaient « à mettre plus l'accent sur la sécurité que la santé ». S'il était toujours parmi nous, il dirait sans doute que le virage a été bel et bien négocié et que les résultats parlent d'eux-mêmes. Aujourd'hui, sans négliger les questions de santé, la programmation de l'Institut accorde à la sécurité du travail toute la place qui lui revient. Je conclurais en disant que cette orientation est là pour y demeurer tant que les bilans lésionnels et les problématiques récurrentes ou émergentes nécessiteront un avancement des connaissances.

 

Marie Larue

 

[i] GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. Politique québécoise de la santé et de la sécurité des travailleurs, Québec, 1978, page 163. 

 

35e anniversaire de l'IRSST-Retour sur le passé (2)

« Il n'existe aucun mécanisme pour établir les priorités de recherche
et stimuler et coordonner les efforts des chercheurs, dans le domaine
de la santé et de la sécurité au travail. » [i]

 

Une relecture de ce passage de la Politique québécoise de la santé et de la sécurité des travailleurs, qui, rappelons-le, a été publiée en 1978, met en relief l'évolution de la recherche en SST et de son organisation depuis la création de l'IRSST en 1980. Il apparaît indéniable que le passage du temps et des gens rend caduc cet énoncé formulé dans le livre blanc il y a près de quatre décennies. La situation n'est plus la même aujourd'hui. Loin de là. Depuis belle lurette, l'IRSST a mis en place des mécanismes de consultation de ses principaux partenaires, autant du monde scientifique que de celui du travail, pour établir des priorités de recherche qui répondent véritablement à l'expression des besoins des milieux et qui sont publiées au vu et au su de tous ceux qui s'intéressent à l'avancement des connaissances. Aujourd'hui, les priorités de recherche de l'Institut sont déterminées au terme d'une large consultation qui requiert temps et énergie. Nous sondons le pouls des représentants de la CSST, des associations sectorielles paritaires, des associations patronales et syndicales, etc. À ces coups de sonde, s'ajoute l'apport de nos chercheurs et de leurs collaborateurs dans les universités. Leur point de vue est complémentaire à celui des milieux de travail, car les scientifiques suivent l'évolution des connaissances et de diverses tendances en SST.

Les pistes de recherche retenues sont également étayées par des statistiques de lésions de la CSST et aussi par des études statistiques plus pointues réalisées entre autres par les analystes en statistiques de la Direction scientifique, qui produisent des indicateurs de lésions professionnelles par industrie, par catégorie professionnelle. Ainsi, en plus des indicateurs de fréquence, de prévalence et de gravité des lésions par industrie, des statistiques distinctes permettent de distinguer les profils lésionnels des travailleurs manuels, non manuels et mixtes, des jeunes, des 45 ans ou plus, etc.

Le recours aux statistiques fournit le portrait du passé, mais nous devons également tenir compte de l'avenir. C'est là qu'entrent en jeu, entre autres, nos agents de veille et les nombreux contacts tissés par l'Institut depuis sa création autant dans le monde scientifique que dans celui du travail. De plus, chaque année, l'IRSST participe à la rencontre du Groupe Sheffield qui réunit les principaux centres de recherche en SST sur la scène internationale, ce qui permet au Québec d'être au fait de l'avancement des connaissances, mais aussi des nouveaux problèmes en matière de lésions professionnelles qui surgissent ailleurs dans le monde. C'est ainsi que nous sommes en mesure de « voir venir » les problématiques en émergence et de les intégrer à nos priorités, tout en évitant les doublons.

Puis, en collaboration avec les responsables des champs de recherche, la Direction scientifique élabore un projet de planification quinquennale, qui sera par la suite soumis à notre conseil scientifique. Composé de membres de la communauté scientifique et de représentants patronaux et syndicaux, ce conseil est une instance consultative auprès de la PDG qui est appelée à se prononcer sur le caractère prioritaire et la pertinence de la programmation, mais aussi de l'essentiel de nos projets et activités de recherche.

Enfin, cette programmation est approuvée par le conseil d'administration de l'IRSST qui est lui aussi paritaire. Les hommes et les femmes qui le composent sont des représentants des principales associations syndicales et patronales. Ces derniers sont bien au fait des besoins de recherche de leurs commettants. En bout de piste, cette planification quinquennale est publiée afin que toute personne intéressée par la contribution de la recherche à la prévention des lésions professionnelles et à la réadaptation des victimes puisse être en mesure de s'informer des travaux que nous comptons entreprendre.

Mais revenons au livre blanc. On pouvait y lire qu'on « ne possède pas d'inventaire précis de la recherche en cours ». Or, à ce propos-là, la situation a aussi bien changé. Tous les rapports d'activité annuels de l'IRSST contiennent entre autres la liste complète des nouveaux projets dont les travaux débutent, de même que des rapports de recherche qui ont été publiés en cours d'année. Nos partenaires autant que le public en général peuvent également suivre les travaux de l'Institut par le biais de son site Web qui met à la disposition des internautes un répertoire de ses nouveaux projets et de ses nouvelles publications, son bulletin électronique InfoIRSST ainsi que ses blogues.

Les constats du livre blanc ont donc été pris en compte depuis longtemps, ce qui fait en sorte qu'aujourd'hui des mécanismes de priorisation existent et les préventeurs peuvent facilement savoir « qui fait quoi » en matière de recherche en SST.

Je souhaite à toutes et à tous un bel été... tout en santé et en sécurité.

 

Marie Larue

 

[i] GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. Politique québécoise de la santé et de la sécurité des travailleurs, Québec, 1978, page 161.

 

 

Pensons aux accidents routiers au travail

 

Les maladies professionnelles sont responsables de la majorité des cas de mortalité indemnisés par la CSST, mais saviez-vous que les accidents routiers au travail (ART) constituent la première cause de décès attribuables à des accidents du travail au Québec? La littérature sur les accidents routiers en général est abondante, mais elle couvre peu ceux qui surviennent dans le contexte du travail. L'IRSST a déjà réalisé un bilan de la littérature et a brossé un portrait inédit des caractéristiques des ART, mais force est de constater que les connaissances sont insuffisantes pour fonder des actions préventives sur des données probantes. À l'occasion du Jour commémoratif des personnes décédées ou blessées au travail, l'IRSST veut rappeler cette réalité en lançant un appel de propositions auprès des chercheurs qui souhaiteraient réaliser des études sur la prévention des ART. Il s'agit d'une problématique importante pour laquelle nous avons d'ailleurs déjà mis en place une programmation thématique et offert une bourse d'études supérieures à ceux qui souhaitent étudier la question des ART.

Cet appel de propositions vise deux objectifs : 1) contribuer à une meilleure compréhension des déterminants à l'origine des ART; 2) déterminer et évaluer des pistes d'intervention pouvant prévenir les ART. Nous savons déjà que les camionneurs, les livreurs, les chauffeurs d'autobus et les conducteurs de véhicules d'urgence figurent parmi les populations de travailleurs les plus concernées, mais on trouve aussi des passagers et des piétons parmi les victimes. Toutefois, les connaissances sur les risques liés à certaines populations comme les travailleurs des PME, les conducteurs de véhicules légers, les travailleurs autonomes sont partielles. La question de l'organisation du travail est aussi un volet peu traité dans la littérature, de même que celui relatif aux conditions optimales de succès de certaines activités de prévention telles que la sensibilisation des personnes, la transmission des savoirs de prudence et la formation des travailleurs.

L'IRSST est disposé à consacrer une enveloppe budgétaire totalisant 600 000 $ pour subventionner des projets de recherche qui contribueront à l'avancement des connaissances en matière d'ART. Les projets qui seront retenus devront étudier un ou des thèmes suivants :

  • 1) L'organisation du travail et les ART;
  • 2) Les pratiques favorisant la prévention des ART dans les PME et dans les grandes entreprises;
  • 3) L'apprentissage de la conduite sécuritaire dans le cadre du travail;
  • 4) Les outils d'aide à la conduite visant à prévenir les ART.

Alors, à l'occasion de ce Jour de deuil commémoratif, j'invite évidemment les chercheurs à participer à cet appel de propositions, mais aussi tous les travailleurs et les employeurs québécois à se remémorer leurs collègues qui, au cours des dernières années, ont perdu la vie ou ont été blessés à la suite d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle en mettant tout en œuvre pour éliminer à leur source même les dangers pour la santé, la sécurité et l'intégrité physique des travailleurs.

 Pour plus de détails sur l'appel de propositions : http://www.irsst.qc.ca/appel-de-proposition-prevention-des-accidents-routiers-lies-au-travail.html.

 À bientôt!

35e anniversaire de l'IRSST - Retour en arrière

Il est très difficile de décrire la situation actuelle de la recherche dans le domaine de la santé et de la sécurité des travailleurs. D'une part, il semble exister plusieurs activités de recherche directement, ou le plus souvent, indirectement reliées à la santé ou à la sécurité des travailleurs. D'autre part, l'application des résultats de la recherche semble très aléatoire et irrégulière. De façon générale, les informations sont inexistantes ou incomplètes. [i]

Tiré du livre blanc sur la santé et la sécurité au travail publié, en 1978, par le gouvernement du Québec, ce constat dépeint l'état de la recherche à cette époque. Trente-sept ans plus tard, le portrait de la recherche  en SST est plus limpide et plus consistant. La création de l'Institut de recherche en santé et en sécurité du travail (IRSST) [ii], en 1980, a sans doute contribué à corriger sensiblement la situation. D'abord, aujourd'hui, la majorité des activités de recherche en SST est réalisée ou financée par l'IRSST. Nous avons donc une très bonne idée du qui fait quoi. Et pas seulement au Québec; nous savons aussi, grâce à des cartographies et aux liens établis avec d'autres centres de recherche, ce qui se passe ailleurs dans le monde. Quant à l'applicabilité des résultats, l'Institut et ses partenaires investissent beaucoup d'énergie dans le transfert des connaissances afin que celles-ci soient utiles aux milieux de travail. C'est un volet de notre mission et nous mettons tout en œuvre pour le réaliser.

Au regard de l'information, là aussi d'énormes progrès ont été réalisés. D'un côté, les efforts de recherche se sont intensifiés alors que, de l'autre, l'ensemble des résultats est disponible et peut être consulté sans frais dans notre site web www.irsst.qc.ca. Rapports, bilans de connaissances, guides techniques, fiches, outils de formation, outils d'intervention, utilitaires, méthodes de laboratoire, sites web thématiques, etc. figurent ainsi parmi nos collections de même qu'un certain nombre d'articles publiés dans des revues savantes qui peuvent être consultés grâce à notre Politique de libre accès à la littérature scientifique.

Il serait inexact, aujourd'hui, d'affirmer, comme on peut le lire dans le livre blanc, que les connaissances en SST sont « limitées et fragmentaires », ce qui ne veut pas dire pour autant que tout est réglé et entendu. Loin de là. Le monde du travail évolue. Des problématiques récurrentes persistent alors que des problèmes émergents s'ajoutent aux programmations de recherche au rythme de l'introduction de nouvelles substances chimiques, d'agents biologiques, de procédés industriels, de nouvelles formes d'organisation du travail, etc. À titre indicatif, l'Institut avait une vingtaine de programmations thématiques et pas moins de 185 projets de recherche actifs en 2014 et, année après année, notre carnet est bien rempli. Il reste qu'aujourd'hui les centres de documentation en SST regorgent de documents scientifiques et techniques. À lui seul, le catalogue Information SST donne accès en quelques clics à plus de 150 000 livres, documents, vidéos, rapports, etc.

La situation en 2015 n'est donc plus celle qui était décrite à la fin des années 1970. Heureusement, nous progressons.

L'IRSST est également bien réseauté. Son réseau relationnel est étendu. En plus des ententes de partenariat avec d'autres centres de recherche nationaux ou internationaux, l'Institut fait partie du Groupe Sheffield, qui réunit les instituts de recherche en SST les plus importants sur la planète. Ces liens nous permettent d'échanger, de comparer nos programmations et de partager des ressources humaines et matérielles, nous évitant entre autres de refaire ici ce qui a déjà été très bien étudié et documenté ailleurs.

Comme on peut le constater, beaucoup de chemin a été parcouru et des progrès ont été accomplis. Aujourd'hui, les données probantes issues de la recherche foisonnent; elles sont facilement accessibles pour les préventeurs qui veulent éliminer les dangers à leur source même afin de mieux prévenir les lésions professionnelles.

Dans le contexte de notre 35e anniversaire, que nous célébrons cette année, je reviendrai sur les constats du livre blanc puisqu'ils sont à l'origine de la création de l'Institut.

À bientôt!

 

[i] GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. Politique québécoise de la santé et de la sécurité des travailleurs, Québec, 1978, page 161.

[ii] Ce n'est qu'en 2000 que l'IRSST rendra hommage à son président fondateur, M. Robert Sauvé, en intégrant son nom à sa dénomination.

 

Qui est Robert Sauvé ?

J'étais une jeune professionnelle parmi tant d'autres à la CSST lorsque j'ai connu son président, M. Robert Sauvé. Je ne l'ai pas côtoyé suffisamment pour en brosser un fidèle portrait, mais j'en conserve un bon souvenir. C'était en 1982, deux ans après la création de la Commission. Je le voyais comme un homme déterminé qui affichait la ferme volonté de créer le nouveau régime de santé et de sécurité du travail. Parmi les éléments de cette réforme, il souhaitait, avec les partenaires du monde du travail, mettre sur pied l'IRSST, dont la mission était (et est toujours) de contribuer, par la recherche, à la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. Il avait dès lors compris entre autres que le portrait des lésions professionnelles serait évolutif dans le temps et que les connaissances nécessaires à l'évaluation des risques devaient également progresser. C'était un homme qui croyait à la recherche et qui a largement contribué à ce que le Québec dispose, dès 1980, d'un institut de recherche en SST. Je me rappelle M. Sauvé comme quelqu'un de bien en selle dans ses fonctions et qui avait d'indéniables talents pour établir des consensus entre les représentants patronaux et syndicaux, car il faut se remémorer que la CSST, comme l'IRSST, a un conseil d'administration paritaire. Il rassemblait, mais c'était aussi un leader qui ne craignait pas de s'affirmer puisqu'il demeure, à ma connaissance, le président qui a le plus souvent exercé son droit de vote prépondérant au conseil d'administration. Il n'hésitait pas à l'utiliser pour trancher lorsque les parties patronales et syndicales ne s'entendaient pas.

Pour ceux et celles qui veulent en savoir davantage, sa biographie nous apprend qu'il fait des études en droit à l'Université de Montréal, mais aussi au London School of Economics and Politics de Londres. De plus, il est titulaire d'une maîtrise en administration publique de l'American University de Washington. C'est d'abord dans le monde syndical qu'il fait ses premières armes à titre d'avocat à la CSN. Il enseigne aussi le droit à McGill, puis il entame une carrière dans la fonction publique québécoise où il œuvre au ministère du Travail et de la Main-d'œuvre avant d'être nommé juge à la Cour provinciale. Il siège au Tribunal du travail, puis devient le président fondateur de la Commission des services juridiques où il met sur pied l'aide juridique. En 1977, il est nommé président de la Commission des accidents du travail (CAT) et devient, en 1980, le premier président de la nouvelle Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) et du tout nouvel Institut de recherche en santé et en sécurité du travail dont il assume la direction jusqu'en 1986 alors qu'il retourne à la Cour du Québec où il siège comme juge jusqu'en 1996. En 1997, il préside un comité mandaté pour revoir la structure du réseau de l'aide juridique. Il décède l'année suivante à Montréal. Depuis 2001, une fondation, qui porte son nom, offre des activités d'éducation juridique et organise des événements sur les droits et les conditions de vie des personnes en situation de pauvreté.

Je termine ce billet en évoquant qu'au moment de la création de l'IRSST, en novembre 1980, Robert Sauvé a dit : La recherche, c'est la patience au service du progrès. Il disait juste. Pas étonnant qu'en 2000, à l'occasion de son 20e anniversaire, l'IRSST a voulu lui rendre un hommage posthume en ajoutant son nom à sa dénomination pour qu'elle devienne l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail.  

On se souviendra de lui.

 

Photo de droite: André Laurin, Marcel Pepin et Robert Sauvé lors
d'une conférence de presse organisée par la CSN. Source: CSN

Afin de travailler plus longtemps en bonne santé

Le vieillissement de la main-d'œuvre figure parmi les grandes tendances qui vont teinter le domaine de la SST au cours des prochaines décennies. À cet égard, les chiffres ne mentent pas! En 1981, au Québec, le pourcentage des femmes âgées de 55 ans ou plus était de 19,2 % et celui des hommes de 15,6 %. Depuis, ce pourcentage a fait l'objet d'un bond important alors qu'il atteignait, en 2014, 33,1 % chez les femmes et 29,3 % chez les hommes. Et cette progression se poursuivra puisque dans ses perspectives démographiques l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) prévoit qu'en 2031, 38,6 % des femmes et 35,6 % des hommes seront âgés de 55 ans ou plus. Cette tendance lourde est soutenue par une nouvelle projection de la structure par âge de la population québécoise que vient de publier l'ISQ : d'ici 2036, plus du quart (26 %) de la population aura 65 ans ou plus. Ces perspectives démographiques et la pénurie de main-d'œuvre réelle ou anticipée doivent être conjuguées avec la volonté exprimée par le gouvernement de repousser l'âge de la retraite.

Par ailleurs, si tout le monde sait que l'espérance de vie des gens a augmenté pour atteindre, en 2012, 80 ans pour les hommes et 84 ans pour les femmes, il est moins connu que l'espérance de vie en bonne santé (sans incapacité) elle, ne suit pas la même progression puisqu'on l'évalue toujours à 66 ans pour les hommes et à 68 ans pour les femmes, tendance largement semblable à celle que l'on retrouve dans la plupart des pays industrialisés. Or, plusieurs emplois manuels exigent des efforts importants, et pas seulement pour les travailleurs vieillissants. Il a été démontré (Remko et coll. 2012) que les capacités fonctionnelles des travailleurs en santé déclinent avec l'âge. À partir de 45 ans, les travailleurs voient décroître leurs capacités de maniement, la force de préhension de leurs doigts et de leurs mains, ainsi que leur coordination. Si l'âge de la retraite est repoussé, ces travailleurs âgés pourront plus difficilement demeurer actifs sans un réaménagement des tâches.

Pour certains types d'emploi, des solutions existent en aménageant le poste, les horaires et/ou l'organisation du travail dans la même entreprise et en mettant de l'avant les savoirs de prudence acquis par l'expérience; pour d'autres, la situation sera plus difficile et requerra sans doute une reconversion de la main-d'œuvre dans un autre emploi, dans un secteur d'activité connexe ou encore dans un autre secteur.  Il nous faudra donc trouver des solutions pour éviter que les travailleurs de demain, y compris les plus jeunes, ne se retrouvent dans les mêmes conditions de vulnérabilité que les travailleurs vieillissants d'aujourd'hui.

À cette complexité, s'en ajoutent d'autres. Par exemple, les hommes et les femmes se distribuent différemment selon la profession occupée et ne subissent pas le même genre de lésions. Toutes proportions gardées, les hommes sont victimes d'un plus grand nombre d'accidents de travail que les femmes. Par contre, les femmes mettent plus de temps à se rétablir et à retourner au travail, ce qui fait en sorte que leur durée moyenne d'indemnisation est supérieure à celle des hommes, et ce, peu importe la catégorie professionnelle. Si les hommes sont davantage frappés par la surdité professionnelle, chez les femmes ce sont les troubles musculosquelettiques qui prédominent. Cela nous indique l'importance que peut représenter la recherche selon le genre et le sexe des travailleurs en matière de SST pour mieux comprendre et prévenir la survenue des lésions professionnelles.

Sans contredit, le vieillissement de la main-d'œuvre constitue donc un défi important pour la société, mais aussi pour le monde de la recherche. Plusieurs études devront être réalisées pour mieux maîtriser les facteurs associés à la survenue des lésions et pour apporter des éléments de solution permettant de mieux les prévenir dans un contexte où la vie active sera prolongée, et ce, en ne perdant pas de vue que les jeunes travailleurs d'aujourd'hui seront les travailleurs vieillissants de demain.

 

Marie Larue

Le chaud et le froid

Les gens qui travaillent dans des pays nordiques doivent composer avec des environnements souvent hostiles. En hiver, ils affrontent de grands froids comme ils peuvent subir, l'été, de fortes chaleurs. Or, au cours des prochaines années, des projets comme le Plan Nord ou encore l'ouverture du passage du Nord-Ouest dans l'Arctique favoriseront entre autres l'implantation d'industries (mines, pétrole, gaz...) dans un environnement autrefois considéré comme inhospitalier. Ce développement nordique nécessitera l'embauche de travailleurs, qui ne seront pas forcément acclimatés à travailler sous de telles contraintes, mais pour lesquels les employeurs auront tout de même la responsabilité de prendre les mesures nécessaires pour protéger leur santé et assurer leur sécurité et leur intégrité physique.

Dans le cadre d'une récente étude sur la Pertinence et conditions d'utilisation des indices thermiques dans le contexte québécois, des chercheurs ont observé des travailleurs au Nunavik qui œuvraient alors que le refroidissement éolien pouvait atteindre -57 °C. On y apprenait également que « la documentation scientifique concernant les réactions physiologiques conséquentes à l'exposition au froid est beaucoup moins abondante que celle abordant le travail à la chaleur. »

Plusieurs entreprises, notamment dans le secteur minier, sont familières avec ces contraintes thermiques et peuvent minimalement fournir de l'information sur les tenues vestimentaires appropriées et offrir les premiers soins en cas d'engelure ou d'hypothermie. On connaît les conséquences pour des travailleurs inaccoutumés à une exposition à des froids extrêmes. Selon la littérature, cette exposition peut amoindrir leurs performances physiques (endurance, force musculaire, dextérité, etc.) et cognitives (mémorisation, temps de réaction, vigilance, capacité d'apprentissage, etc.) et entraîner potentiellement des risques pour leur santé et leur sécurité. 

Dans le contexte des développements nordiques, de nouveaux projets de recherche sur les contraintes thermiques seront initiés. Grâce aux liens tissés avec d'autres centres de recherche en SST et avec des universités québécoises, l'IRSST sera en mesure de contribuer à l'avancement des connaissances en matière de prévention contre l'exposition à des températures extrêmes Nous venons d'ailleurs de signer une entente avec l'UQAM d'une durée de 10 ans pour partager le laboratoire d'environnement contrôlé de leur Département de kinanthropologie. L'accès à cette chambre climatique permettra à nos chercheurs et à ceux dont nous finançons les travaux de recréer des températures extrêmes et de mesurer les contraintes physiologiques associées au port de vêtements ou d'équipements de protection dans des conditions très froides, très chaudes ou très humides. Notre Plan quinquennal de production scientifique et technique 2013-2017 prend d'ailleurs en considération le Plan Nord afin de répondre aux besoins des préventeurs, des entrepreneurs et des travailleurs.

De plus, en Europe, des centres de recherche en SST de pays nordiques, tels la Norvège, la Finlande, le Danemark, songent augmenter leur capacité de recherche en partageant expertise et ressources pour réaliser des études couvrant tous les aspects de l'environnement physique entourant les travaux effectués dans l'Arctique. L'IRSST est évidemment intéressé par cette initiative et pourrait bien y participer. Je vous en reparlerai.

Et comme nous sommes à une période de l'année où on devrait parler davantage de contraintes associées à la chaleur... plutôt qu'à des refroidissement éolien, je vous souhaite à tous un bel été en santé et en sécurité.

 

Marie Larue

La recherche en SST au Québec et en Europe

L'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA) vient de présenter ses priorités de recherche pour la période 2013-2020. Dans un document intitulé Priorities for occupational safety and health research in Europe : 2013-2020, l'Agence articule ses domaines prioritaires autour de quatre thématiques principales : 1) évolution démographique, 2) mondialisation et évolution du monde du travail, 3) nouvelles technologies sûres et 4) expositions nouvelles ou croissantes à des agents chimiques et biologiques sur les lieux de travail.

En cette journée mondiale de deuil pour commémorer les personnes qui ont perdu la vie ou se sont blessées au travail, il m'a semblé intéressant de comparer le plan européen avec le plan quinquennal 2013-2017 de l'IRSST. Même si la période couverte n'est pas tout à fait la même et que les deux plans sont structurés différemment, on constate que les documents, dans leurs grandes lignes, convergent. D'abord, le contexte dans lequel les deux plans s'inscrivent est semblable. Ici, comme en Europe, le monde du travail se transforme et le développement durable devient un enjeu.

À l'égard de la première thématique, l'évolution démographique, l'IRSST, comme les centres de recherche européens - que nous connaissons bien - sont préoccupés par le vieillissement de la main-d'œuvre, mais aussi par l'arrivée de plus en plus de travailleurs immigrants de première génération qui, selon la littérature, sont potentiellement plus vulnérables en matière de SST.

En ce qui concerne la mondialisation et l'évolution du monde du travail, deuxième thématique européenne, là aussi les enjeux rejoignent ceux du Québec. L'Institut est effectivement soucieux de faire progresser les connaissances relativement aux nouvelles formes de travail, à la précarité de l'emploi, aux horaires de travail atypiques ou encore aux facteurs psychosociaux associés au travail dans des situations où la demande psychologique est élevée comme dans les centres d'appel 9-1-1.

La troisième thématique retenue par les pays européens concerne les nouvelles technologies. Or, le plan de l'IRSST a été conçu dans cette optique. On peut y lire que « pour réaliser pleinement sa mission, l'IRSST doit aussi travailler en fonction de l'avenir en prévoyant dès aujourd'hui les risques futurs qui accompagnent les nouvelles technologies, les changements organisationnels et environnementaux, les nouvelles substances, etc. » Comme l'Europe, nous aussi sommes préoccupés par les nouvelles formes d'énergie. Nous avons des projets en marche sur ce que nous appelons « les emplois verts » qu'ils soient issus des formes d'énergie renouvelables, comme l'industrie du photovoltaïque, ou encore du recyclage des déchets.

Finalement, la dernière thématique, l'exposition aux agents chimiques et biologiques figurent autant dans le plan européen que dans le nôtre. L'IRSST a d'ailleurs un champ de recherche important en termes de ressources humaines et financières, qui est consacré exclusivement à la prévention des risques chimiques et biologiques. La situation que nous vivons au Québec est semblable à celles de bien des pays d'Europe où le nombre de lésions professionnelles est en baisse alors que le nombre de décès attribuables aux maladies du travail est en augmentation. On constate que, dans le monde du travail, deux décès sur trois sont attribuables aux maladies professionnelles. Par ailleurs, partout dans les pays industrialisés, on s'interroge sur la prévention des risques associés à l'utilisation des nanoparticules, sur l'exposition à des microorganismes ou encore à des pesticides entre autres chez les pomiculteurs. Les cancers professionnels sont également au premier plan; d'ailleurs, l'IRSST a élaboré une programmation thématique sur ce sujet.

Comme vous pouvez le constater, en matière de SST, les enjeux d'ici ne sont pas très différents de ceux auxquels doivent faire face les Européens. Et, que ce soit par le biais de la veille scientifique où grâce à notre participation aux rencontres annuelles du Groupe Sheffield, dont tous les grands centres de recherche mondiaux sont membres, incluant l'IRSST, nous suivons de près la situation, nous échangeons et, lorsque la situation le permet, nous signons des ententes de collaboration avec d'autres pays pour accroître nos capacités de recherche.

Autre point de convergence, et pas le moindre, je partage tout à fait la déclaration de la Dre Christa Sedlatschek, directrice de l'EU-OSHA : « Le lien entre la santé et la sécurité au travail, la compétitivité et les performances commerciales doit être mis en évidence. La stabilité sociale et le développement durable doivent aller de pair avec la croissance économique ».

À tous les travailleurs, en ce 28 avril, je souhaite qu'un jour, grâce à l'avancement des connaissances et aux efforts de prévention, nous n'ayons plus besoin d'une journée mondiale de deuil parce que plus personne ne perdra la vie au travail.

Marie Larue

Ensemble, nous sommes plus forts
On en dénombre environ 200. Ils sont affiliés à 17 universités et à 16 centres de recherche. En 2013, parmi les 39 projets dont les travaux débutaient, ils en pilotaient 16 et étaient associés à 17 autres, conjointement avec des scientifiques de l'IRSST. De qui s'agit-il? Des chercheurs externes de notre réseau de collaborateurs de recherche. Ces scientifiques, comme ceux de l'Institut, jouent un rôle essentiel au regard de l'avancement des connaissances. Sans eux, la capacité de recherche en matière...
La SST et les stats

 

« Nous entendons par statistique la science qui a pour objet de recueillir et de coordonner des faits nombreux dans chaque espèce de manière à obtenir des rapports numériques, sensiblement indépendants des anomalies du hasard, et qui dénotent l'existence de causes régulières dont l'action s'est combinée avec celle des causes fortuites. »

Antoine-Augustin Cournot, mathématicien 

La statistique est un élément dont la recherche scientifique pourrait difficilement se passer. Son utilité est bien démontrée non seulement en mathématique, mais dans de nombreux domaines d'application. Certains ont beau dire, comme Edmond de Goncourt que « la statistique est la première des sciences inexactes », que seraient sans elle l'économétrie, la climatologie, la démographie, la métrologie, l'épidémiologie, le marketing, la sociologie et combien d'autres disciplines? Que deviendraient sans données les recensements, l'actuariat, les sondages d'opinion, les probabilités, les graphiques ou les histogrammes? Et pourrait-on concevoir la gestion sans l'apport d'indicateurs?  

En cette année internationale de la statistique, l'IRSST a d'ailleurs choisi Les statistiques au service de la recherche en SST comme thématique de son congrès institutionnel 2013. Si l'on a privilégié ce thème, c'est que la surveillance statistique joue un rôle important dans nos activités, et ce, à deux égards. Premièrement, depuis plus de 25 ans, notre personnel élabore des indicateurs quinquennaux de recherche, évalue le risque et la gravité des lésions professionnelles indemnisées, mais aussi réalise des profils statistiques par industrie, par catégorie professionnelle ou encore pour des populations spécifiques, comme les jeunes, les travailleurs vieillissants, les hommes et les femmes. C'est entre autres grâce à l'analyse de ces données que nous planifions nos orientations stratégiques et nos priorités de recherche. Deuxièmement, les statistiques sont également un élément important des projets de recherche eux-mêmes puisque l'ordonnacement des chiffres et des nombres sert notamment à formuler des hypothèses, à élaborer des protocoles, à étudier diverses variables ou encore à valider un résultat.  

Force est de constater que de nos jours, nous sommes beaucoup tributaires de la collecte, du traitement et  de l'interprétation des données. L'utilité de ces statistiques n'est plus à démontrer au point que nous avons décidé, après avoir réalisé des études de faisabilité, de produire des indicateurs sur une base annuelle plutôt que quiquennale pour améliorer nos capacités de réagir plus finement et plus rapidement. Nous avons aussi formé le Groupe de connaissance et de surveillance statistiques pour mieux soutenir l'IRSST dans ses exercices de planification stratégique et mieux cerner certains phénomènes récurrents, persistants ou émergents.

L'écrivain et humoriste américain, Mark Twain, a écrit « qu'il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques. » La formule de Twain est amusante, mais je ne suis pas d'accord avec celle-ci. Je crois que nous devons utiliser les statistiques en considérant tout simplement leur portée et leur limite.  

Au plaisir de vous croiser à notre colloque institutionnel si vous êtes des nôtres.

Pour une vision plus large

Traditionnellement, l'IRSST établissait ses priorités de recherche par le biais de consultations menées auprès de ses partenaires et en se basant sur les indicateurs de la CSST et des données provenant de Statistique Canada. Or, il y a quelques années, un comité d'évaluation externe appelé à jauger la façon dont l'IRSST répondait à sa mission estimait que nous ne pouvions réaliser un exercice de priorisation de cette importance en nous basant uniquement sur ce qu'il décrivait comme étant une « logique assurantielle ». Cette logique prend appui sur les indicateurs de fréquence et de gravité des lésions que l'IRSST élabore à l'aide des données de la CSST. Elle consiste, grosso modo, à déterminer quelles situations causent le plus grand nombre d'accidents ainsi que celles responsables des lésions les plus graves, afin de trouver les moyens de prévention adéquats pour réduire, voire éliminer le danger à la source. Cette logique ne repose que sur l'usage du rétroviseur puisqu'elle nous informe seulement sur la nature des accidents survenus il y a déjà quelques années, en raison de la maturité qu'exigent les données statistiques. Bien qu'il reconnaissait qu'il serait toujours utile et nécessaire d'avoir recours à des indicateurs de ce type, le  comité d'évaluation externe nous suggérait d'enrichir cet exercice en déployant un service de veille scientifique permettant d'anticiper les problématiques en émergence, ce qui fut fait en 2007, et par l'ajout d'indicateurs économiques.

La publication, en 2013, d'une étude sur les coûts globaux des lésions professionnelles au Québec - une première - découle justement des recommandations du comité d'évaluation externe. En calculant les coûts humains et financiers pour l'ensemble de la société, cette étude nous a fourni une vision différente de celle à laquelle nous étions habitués, c'est-à-dire une vision qui s'appuyait principalement sur les coûts directs et indirects assumés par les employeurs, puisque ce sont eux qui financent le régime d'assurance des accidents du travail. Or, les résultats de l'étude nous ont permis de mieux saisir l'importance de l'ensemble des coûts engendrés par les lésions professionnelles entre autres en mettant en lumière l'impact d'une incapacité sur la vie du travailleur accidenté et l'impact du décès d'un travailleur sur celle de sa famille. On pourra discuter les détails de l'étude, la justesse de telle estimation ou questionner certains aspects méthodologiques, mais il demeure une chose : ces indicateurs économiques jettent un éclairage nouveau et font ressortir des types de lésion de même que des industries pour lesquels les coûts sont plus élevés que le laissaient croire les données traditionnelles.

En soi, la logique assurantielle n'a rien de mauvais, loin de là, mais elle nous fournit une vision partielle de la réalité. Elle ne peut, à elle seule, servir de base à l'établissement des priorités de recherche. Le fait de pouvoir disposer, comme complément, d'indicateurs économiques qui tiennent compte, en plus de la facture assumée par les employeurs, des coûts sociaux transférés à la société et des coûts humains des lésions professionnelles, nous permet certainement de mieux saisir l'ampleur des besoins de recherche  et de déterminer des sujets d'étude qui, autrement, n'auraient peut-être pas fait l'objet de recherche ou n'auraient pas été étudiés avec autant de célérité puisqu'ils auraient sans doute été jugés pertinents, mais sûrement pas prioritaires.

Marie Larue

 

Voir article publié dans Prévention au travail

 

La gestion du risque, une question primordiale

La tragédie du Lac-Mégantic, qui a causé la mort d'une quarantaine de personnes et défiguré le centre-ville de cette petite municipalité de l'Estrie cet été, a mis en relief l'importance de la sécurité en matière de transport de marchandises dangereuses. Dans le cas de Mégantic, c'est le transport ferroviaire qui est pointé du doigt, mais n'oublions pas qu'il y a plus de 200 millions de tonnes de marchandises dangereuses (MD) transportées chaque année au Canada, dont plus de la moitié par camion. Dans ce domaine, c'est le transport routier qui domine, suivi par le transport maritime, ferroviaire, par pipeline et enfin aérien. Et on retrouve toutes sortes de marchandises dangereuses dans les citernes des camions, les cales des navires et les soutes des avions. Certes, le trafic des MD est dominé par les produits inflammables comme le pétrole et le gaz naturel, mais il y a aussi des produits corrosifs, comme certaines substances chimiques et des acides. Pour vous donner une idée de ce qu'on peut retrouver dans une municipalité du Québec, Anne-Marie Lalonde (2004) avait identifié, dans son mémoire de maîtrise, les marchandises dangereuses les plus transportées, en quantité, dans la ville de Sherbrooke.

Malgré les risques qu'il comporte, le transport de ces MD ne cessera pas. Au contraire. Mais sans présumer des conclusions des enquêtes en cours à Lac-Mégantic, on peut avancer que s'il y a des efforts à consentir et des corrections à effectuer, c'est bien en matière de prévention, particulièrement en gestion du risque, et pas seulement sur la question du transport, mais aussi sur celle de l'entreposage, car ces MD sont souvent stockées sur des sites industriels en attendant d'être acheminées ailleurs. Or, des études du CIRANO et de l'IRSST, ont porté sur les pratiques organisationnelles de sécurité et brossaient, en 2012, un portrait des transporteurs de MD. Transport Québec, Santé Canada et le Centre de sécurité civile de la ville de Montréal étaient partenaires de ces recherches auxquelles 211 transporteurs ont participé. L'étude sur les pratiques organisationnelles de sécurité concluait que si les transporteurs semblent être bien préparés pour répondre aux situations d'urgence, seulement la moitié d'entre eux avaient mis en place des pratiques en matière de sécurité (comité de santé et de sécurité, séances d'information sur la gestion des risques, programmes spécifiques de prévention, etc.). Le ministère de la Sécurité civile rapportait d'ailleurs les résultats de cette étude dans son bulletin Inter-Action au printemps 2013; résultats qui mettaient aussi en lumière que la formation des chauffeurs n'est pas uniforme et que certains risques sont sous-estimés. Ainsi, quatre transporteurs sur cinq considéraient que le transport proprement dit était la phase la plus risquée, alors qu'en réalité, au Canada, les risques associés au chargement et au déchargement des MD causent deux fois plus d'accidents que le transport lui-même... 

Alors, que ce soit en matière de transport, d'entreposage ou de transbordement, lorsqu'il s'agit de matières dangereuses, la gestion des risques devient primordiale, car le moindre petit incident ou succession d'incidents peut potentiellement générer des conséquences humaines, financières et environnementales d'une ampleur insoupçonnée, comme l'a tristement démontré la tragédie du Lac-Mégantic. Posons-nous les questions suivantes: quels sont les gestes qui auraient dû être posés en amont pour prévenir ce tragique accident? Quelles sont les décisions qui auraient dû être prises pour éviter que ces erreurs ou omissions, nous plongent dans le deuil et alourdissent le fardeau financier et fiscal des travailleurs, des employeurs, des résidents et de la société en général?

Je vous suggère cette réflexion.

 Marie Larue

 

Référence:

Lalonde, A.-M. (2004).

Analyse des risques au cours du transport de matières dangereuses à Sherbrooke
Un plan de recherche sur cinq ans

La recherche en santé et en sécurité du travail ne s'effectue pas à l'aveuglette, ni en fonction des inspirations des uns et des autres. Pour optimiser l'avancement des connaissances, une organisation scientifique a besoin d'une boussole, d'un plan d'ensemble qui indique la direction à prendre. En se dotant d'un Plan quinquennal de production scientifique et technique, l'IRSST a ainsi balisé son itinéraire pour les années 2013-2017. Il ne s'élabore pas, non plus, en vase clos. Pour ce faire, nous avons évidemment consulté nos partenaires du monde du travail. Nous avons entre autres cerné les besoins de la CSST, des associations patronales et syndicales, ainsi que des associations sectorielles paritaires. Nos chercheurs, qui sont bien au fait de l'état des connaissances et des tendances en SST dans leur champ respectif, ont aussi grandement contribué à cet exercice.

Pour lui fournir des assises solides, le plan devait aussi s'appuyer sur des cartographies et des profils statistiques des lésions indemnisées et des décès au travail par industrie et par catégorie professionnelle. C'est ainsi que nous avons identifié les besoins d'aujourd'hui et les problèmes persistants qui demandent encore des efforts de recherche. Puis, il faut aussi voir venir. À l'aide de la veille scientifique, nous avons identifié les problématiques en émergence pour déterminer quels sont les risques futurs afin d'être prêt à soutenir les activités de prévention. Ainsi, nous pourrons répondre aux défis d'aujourd'hui, mais aussi à ceux de demain.

Une fois la réflexion terminée, nous avons élaboré des axes et des programmations de recherche pour nos quatre champs : Prévention des risques chimiques et biologiques, Prévention des risques mécaniques et physiques, Prévention durable en SST et environnement de travail, et Réadaptation au travail. Pour chacun d'eux, nous avons déterminé l'état d'avancement des travaux en cours, les programmations thématiques et, évidemment, les développements que l'on prévoit pour les cinq prochaines années. Un exercice semblable a été réalisé par la Direction des laboratoires pour déterminer les futurs développements méthodologiques et par chacune des directions et des services de l'Institut afin que l'ensemble du personnel se sente concerné et adhère à ce plan.

En bout de piste, le plan a été proposé pour bonification à notre conseil scientifique, qui l'a peaufiné, ainsi qu'à notre conseil d'administration qui l'a approuvé. Ce plan quinquennal est public, car il est important d'être transparent afin que nos partenaires autant du monde du travail que du monde de la recherche soient informés de notre vision et de l'impulsion que nous voulons donner à la recherche jusqu'en 2017. Il ne faut pas oublier qu'en plus de réaliser des projets et des activités, l'IRSST subventionne des chercheurs universitaires ou affiliés à d'autres centres de recherche; il faut donc que ces chercheurs externes, qui constituent une ressource indispensable, sachent dans quels domaines nous aurons besoin d'un avancement des connaissances.

Je vous invite à prendre connaissance de ce Plan quinquennal et à nous formuler vos commentaires le cas échéant. Pour ma part, je suis fière du travail effectué et je tiens à remercier, nos partenaires, mais aussi le personnel de l'IRSST, particulièrement celui de la Direction scientifique et de la Direction de la recherche et de l'expertise, qui s'est investi dans cette réflexion. En suivant ce plan - ce qui n'empêche pas d'être alerte et de l'amender en cours de route pour répondre à des besoins ponctuels ou à des demandes particulières - je suis convaincue que nous réaliserons pleinement notre mission, soit de contribuer, par la recherche, à la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles ainsi que la réadaptation des travailleurs qui en sont victimes.

 

Marie Larue

 

 

Le réseautage international est essentiel

Quatre ans! Plus de quatre ans à échanger des courriels et des documents, à remplir des formulaires, à participer à des conférences téléphoniques autant avec des intervenants de l'Organisation panaméricaine de la santé (PAHO) à Washington qu'avec ceux de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève, etc. Il aura fallu répondre aux exigences et franchir pas moins de 13 étapes  avant que l'Institut soit reconnu comme un des centres collaborateurs (CC) de l'OMS en santé et en sécurité du travail; centres qui ont pour rôle principal de lui fournir un appui stratégique dans l'accomplissement de son mandat et en l'aidant à garantir la validité scientifique du travail sanitaire mondial. Le cheminement a été long, car avant de reconnaître un centre collaborateur, l'OMS voulait s'assurer que les demandeurs sont des institutions bénéficiant « d'une grande renommée scientifique et technique et jouissant déjà d'une reconnaissance internationale ».

Pour obtenir ce statut, il nous a d'abord fallu familiariser l'OMS avec la mission, le rôle et la vision de l'Institut et, ensuite, proposer une série d'activités scientifiques qui pouvait se marier avec leur plan de travail. De plus, une période de collaboration active d'au moins deux ans avec le PAHO et l'OMS devait précéder la désignation, ce qui fut chose faite dans le cadre du projet Brésil-Canada auquel l'IRSST contribuait dans le but de renforcer la capacité des Brésiliens à élaborer des programmes de SST efficaces et durables.

Paul-Émile Boileau, directeur du centre collaborateur de l'OMSAprès quoi, l'IRSST devait élaborer, en consultation avec les gens du PAHO, un plan de travail dans lequel nous avons défini notre collaboration et démontré que les projets que nous proposions pouvaient appuyer le PAHO et  l'OMS dans l'accomplissement de leur plan d'action mondial en SST. Sous la supervision de mon adjoint François Hébert et avec la collaboration de notre directeur scientifique Paul-Émile Boileau qui est aussi le responsable du nouveau centre collaborateur, et de nos chimistes Daniel Drolet, France Labrèche, Claude Ostiguy, Joseph Zayed, l'IRSST a soumis six activités pour épauler l'OMS. Quatre d'entre elles concernent les nanotechnologies. Elles portent sur 1) la caractérisation, 2) la manipulation, 3) le contrôle de l'exposition et 4) les bonnes pratiques relatives à l'utilisation sécuritaire des nanoparticules. La cinquième activité consiste à élaborer des indicateurs de surveillance en SST en lien avec le travail à l'extérieur, tandis que la dernière concerne l'élaboration d'outils pratiques pouvant prévenir ou limiter les conséquences des conditions climatiques extrêmes sur la SST, et ce, dans la perspective du développement durable.

Au cours des quatre prochaines années, soit la durée correspondant à la période de désignation comme CC, l'IRSST réalisera ce plan dont les résultats bénéficieront également à tous les travailleurs et les employeurs du Québec.

Pour ma part, je suis fière que l'Institut soit reconnu comme centre collaborateur de l'OMS car cette désignation nous permettra de tisser de nouveaux liens et d'accroître les occasions de partenariats avec d'autres institutions et centres de recherche.  Si le réseautage est devenu incontournable dans plusieurs organisations, il est essentiel dans le domaine scientifique. Il ouvre la porte à de fructueuses collaborations, à des partages d'expertise et de ressources humaines, financières ou matérielles dans le cadre de projets qui, bien souvent, n'auraient pu être réalisés autrement, aussi rapidement, ou n'auraient pas eu autant d'importance.

L'IRSST est lié par une quarantaine d'ententes nationales et internationales, dont près de la moitié avec des organisations du Québec, sept avec des partenaires canadiens et une douzaine avec des centres de recherche internationaux. En ajoutant à ses partenariats celui de centre collaborateur de l'OMS, l'IRSST augmente sa capacité de recherche tout en consolidant sa notoriété comme organisme de recherche scientifique reconnu pour l'expertise de son personnel et la qualité de ses travaux. C'est bon pour l'Institut, mais c'est également une reconnaissance de tout le Québec.

Je salue tous nos partenaires et remercie ceux et celles qui ont contribué à concrétiser cet état de fait puisque, ainsi, ils ont renforcé nos organisations respectives et élargi leur rayonnement.

Marie Larue

Où s'en va la science en SST?

 Au Québec, au cours des 30 dernières années, le nombre de lésions professionnelles acceptées avec perte de temps indemnisée a connu une diminution importante. On constate la même tendance dans le reste du Canada, selon les données publiées par l'Association canadienne des commissions des accidents du travail. Si, au milieu des années 1980, la CSST acceptait  218 700 lésions avec perte de temps, ce nombre était trois fois moins moindre en 2011 alors que la Commission reconnaissait 70 500 lésions. En cette période de l'année où l'on souligne le Jour commémoratif des personnes décédées ou blessées au travail, on peut se réjouir de cette amélioration du bilan des lésions professionnelles, mais il n'en demeure pas moins qu'il y a toujours trop de travailleurs qui meurent ou subissent un accident du travail. Les accidents peuvent être évités.

Depuis 30 ans, nous avons fait des progrès appréciables. Y compris en matière de recherche. Nous n'en sommes plus au temps où les années d'expérience des travailleurs des machines à bardeaux se calculaient au nombre de doigts amputés... Ce type de problèmes de sécurité appelait des solutions simples qui, souvent, pouvaient être exportées d'une entreprise à l'autre dans un même secteur industriel. Force est de constater que les problèmes d'aujourd'hui sont souvent beaucoup plus complexes et exigent beaucoup de temps avant d'être résolus. Concevoir un garde pour une machine ne représente généralement pas un niveau de difficulté aussi élevé que de trouver les moyens de prévenir les troubles musculosquelettiques. Or, depuis déjà quelques années, les maladies professionnelles causent beaucoup plus de décès que les accidents du travail. On ne parle plus ici de fermer l'accès à une ouverture dans un plancher ou d'étançonner une tranchée, mais bien de mieux comprendre des phénomènes complexes et d'expérimenter des modes d'intervention pour lesquels on mobilise des chercheurs de multiples disciplines. Dans le cas des maladies, il faut aussi établir quels sont les facteurs professionnels, personnels ou environnementaux qui sont en cause. Bref, il s'agit de questions complexes pour lesquelles les chercheurs doivent creuser davantage. Nous avons l'exemple des nanoparticules pour lesquelles, malgré des années de recherche, il reste toujours des choses à approfondir quant à leurs propriétés toxicologiques et leurs effets sur la santé. Or, on constate que, lorsqu'un chercheur veut approfondir en prenant en considération une multitude de facteurs, plus la recherche devient complexe. Et plus c'est compliqué, plus cela peut nécessiter de ressources! On n'y échappe pas. Et ce n'est pas plus facile pour les préventeurs lorsqu'ils doivent convaincre les milieux de travail de faire de la prévention maintenant pour éviter des maladies professionnelles dont les effets ne se feront pas sentir avant 20, 30, voire 40 ans. 

Nous ne sommes pas les seuls à faire face à des problématiques émergentes de plus en plus complexes. Les autres pays fortement industrialisés vivent la même situation. Quand on voit les progrès technologiques incessants, les nouveaux procédés de fabrication, les multiples nouvelles molécules d'usage industriel dont la toxicité n'a pas été établie, etc., on peut raisonnablement avancer que les problèmes à venir en SST ne pourront pas tous être résolus par des solutions simples. Ils requerront le concours d'équipes multidisciplinaires et le recours à de nouveaux modèles, à des montages plus élaborés et à des analyses multivariées.  

C'est dans ce contexte que la recherche devra être capable de soutenir, par l'avancement des connaissances, tous ses partenaires du réseau de la prévention. Des réseaux se forment à la grandeur de la planète, pour échanger sur les problématiques émergentes et sur les moyens de les prévenir. Comme les accidents du travail, les maladies professionnelles ne sont pas une fatalité. En cette période de l'année où l'on commémore les personnes décédées ou blessées au travail, rappelons-nous que nous avons tous un rôle à jouer : au premier chef, les entreprises, mais aussi les travailleurs, les associations patronales, syndicales ou professionnelles, les chercheurs, les préventeurs, etc.  

Les défis de demain sont déjà à nos portes, mais je suis persuadée qu'ensemble nous les relèverons.

Marie Larue

 

En ce 8 mars

À l'occasion de la fête internationale des femmes, il est approprié de se pencher sur la féminisation du marché du travail. En 35 ans, la proportion d'emplois occupés par les femmes sur le marché du travail au Québec est passée de 35 % qu'elle était en 1976 à 48 % en 2011. Les femmes constituent donc près de la moitié de la main-d'œuvre totale. Cette présence accrue se fait sentir surtout dans les secteurs de production de services où les femmes se retrouvent en plus grande proportion que les hommes.  Leur présence est nettement plus faible dans les secteurs de production de biens où les hommes dominent. Plus du tiers des femmes œuvrent dans le secteur public comparativement à 17,5 % pour les hommes. Elles sont trois fois plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel. Pour elles, il s'agit souvent d'un choix dicté pour permettre de concilier travail et vie personnelle, car elles assument la majorité des heures consacrées au travail domestique et sont plus nombreuses que les hommes à avoir des responsabilités familiales élevées (monoparentalité, garde des enfants, soins aux personnes âgées ou en perte d'autonomie, etc.). Les femmes ont aussi moins d'heures de loisir. Leur perception de leur état de santé général est moins bonne que celle des hommes. De plus, les études montrent que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à considérer leur travail comme étant émotionnellement exigeant et à occuper des emplois propices à des situations de tension avec le public. Les travailleuses sont aussi plus nombreuses que les travailleurs à déclarer ressentir des troubles musculo-squelettiques et à connaître des niveaux de détresse psychologique plus élevés. 

Il m'est possible de brosser ce portrait des femmes parce que des données existent. L'avancement des connaissances nous permet également de mieux apprécier la distribution inégale des lésions professionnelles entre les hommes et les femmes, celles-ci ont un taux de fréquence-gravité en équivalent temps complet plus élevé que les hommes pour une même catégorie professionnelle. Cette situation s'explique essentiellement par une durée moyenne d'indemnisation plus longue chez les femmes. Encore là, je peux soutenir mon propos grâce à des données différenciées selon le genre que l'on retrouve dans des recherches comme l'Enquête québécoise sur des conditions de travail et de santé et de sécurité du travail (EQCOTESST) ou encore celle sur les Lésions professionnelles indemnisées au Québec en 2005-2007 

La prise en compte du sexe et du genre en recherche en santé et en sécurité du travail devient un réflexe. Chaque fois qu'une analyse différenciée selon le sexe est possible et peut apporter un éclairage nouveau, l'IRSST voit à ce qu'elle soit incluse dans les devis de recherche. En ce 8 mars, je ne peux que réaffirmer la volonté de l'Institut de poursuivre dans cette voie pour faire en sorte que nous disposions de plus en plus d'indicateurs différenciés et de connaissances basées sur le genre et le sexe des travailleurs. Cette volonté n'est pas étrangère au soutien que nous avons apporté récemment, comme partenaire de l'Institut de la santé des femmes et des hommes des Instituts de recherche en santé du Canada, au programme de chaire de recherche en SST sur le genre, le travail et la santé. Les travaux de cette chaire nous permettront de contribuer, par la recherche, à une meilleure compréhension des lésions professionnelles propres aux femmes, de leur mode opératoire - comme nous avons fait avec l'étude comparant les hommes et les femmes manutentionnaires -, ou encore à des interventions plus efficaces en matière de prévention. L'IRSST se positionne ainsi pour devenir un leader influent en matière de recherche en SST qui tient compte du genre. 

À toutes les femmes, en particulier à toutes les travailleuses, les administratrices, les chercheuses et les techniciennes de laboratoire, je nous souhaite une Journée internationale de la femme des plus réussie.

 

Marie Larue

Voir la vidéo : Mot de Marie Larue - 8 mars 2013

 

Soyons prêts

C'est l'heure comme jamais, pour la relève, de prendre le flambeau. Et pas seulement dans le monde de la recherche. Là comme ailleurs, une partie importante de la main-d'œuvre approche l'âge de la retraite. Certains envisagent de cesser leurs activités professionnelles alors que d'autres jonglent avec la possibilité de les poursuivre, moyennant certains accommodements. L'Institut n'est pas à l'abri de ce phénomène. À cet égard, nous effectuons une gestion prévisionnelle de la retraite du personnel pour ne pas être pris au dépourvu et être en mesure de bien servir nos clients. Une étude récente de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) nous éclaire sur cette réalité qui frappe toutes les entreprises et chaque type d'emplois. Disons d'abord que l'on dénombre plus d'un million de travailleurs âgés de 50 ans ou plus au Québec, ce qui représente près de trois travailleurs sur 10. L'étude de l'ISQ analyse les données de Statistique Canada sur les intentions de ces travailleurs à l'égard de la retraite et sur des éléments pouvant ou non  influencer le choix de quitter la vie active : l'état de santé, le stress au travail et la satisfaction à l'égard de l'emploi qu'ils occupent.

L'étude nous apprend que 92 % de ces travailleurs se disent en bonne santé. Près de la moitié des travailleurs de 50 ans ou plus estiment que leurs journées de travail sont assez ou extrêmement stressantes, situation qui est loin d'être négligeable car elle représente l'une des causes les plus importantes d'absence du travail. Au Québec, le stress atteint les femmes plus que les hommes, et les travailleurs du secteur public davantage que ceux du secteur privé. Par contre, la très forte majorité des travailleurs âgés se disent satisfaits de leur emploi actuel.  Ces travailleurs québécois étant en bonne santé et satisfaits de leurs conditions de travail, on pourrait croire qu'ils seront nombreux à  repousser l'âge de la retraite. Or, l'ISQ estime « qu'il y a peu de relations entre les intentions à l'égard de la retraite et la situation personnelle du travailleur mesurée par l'état de santé, le stress au travail et la satisfaction au travail. ».

L'ISQ dit qu'il y a d'autres facteurs à considérer. Le premier est sans doute l'accès à des régimes de retraite et la capacité financière des gens de prendre leur retraite tout en pouvant répondre à leurs obligations. On le sait, car on connaît tous des gens qui doivent rester sur le marché ou choisissent d'y retourner soit pour maintenir leur niveau de vie soit pour demeurer simplement actifs. 

Avec le vieillissement de la population et les déficits des caisses de retraite, les gens doivent s'attendre à devoir, volontairement ou non, travailler plus longtemps. Plusieurs pays, dont le Canada, ont déjà repoussé de quelques années l'âge de la retraite et d'autres envisagent de le faire. De façon générale, selon l'étude de l'ISQ, chez les 55 ans ou plus, une femme sur deux et deux hommes sur cinq envisagent une retraite définitive. On peut y voir le verre à moitié plein ou à moitié vide, mais dans la perspective d'une pénurie de main-d'œuvre, il est encourageant de constater que la moitié des hommes et plus du tiers des femmes sont disposés à poursuivre à temps partiel leur vie professionnelle active.  À la lumière de cette tendance, il est avantageux pour les entreprises d'accommoder ceux et celles qui sont prêts à demeurer actifs sur le marché du travail d'autant plus qu'ils sont de plus en plus nombreux à le faire. Ainsi, la proportion d'emplois occupés par les hommes âgés entre 55 et 64 ans au Québec a augmenté de 50 % entre 2000 et 2012 tandis que celle des femmes de la même tranche d'âge a presque doublé, comme l'indique le graphique de l'IRSST ci-dessous.  

Vous vous demandez quel est le lien entre la question de la retraite et la mission de l'IRSST? Je vous dirai que les conditions de SST peuvent, elles aussi, avoir une influence. On sait qu'un travailleur de 55 ans ou plus victime d'une lésion professionnelle s'absente en moyenne 134 jours comparativement à 43 jours pour un travailleur de 24 ans ou moins, et qu'il a plus de risques de conserver des séquelles pouvant compromettre un prompt et durable retour au travail. Sans tomber dans le prêchi-prêcha, il tombe sous le sens que des conditions de travail saines et sécuritaires peuvent aussi favoriser la poursuite de la vie active d'un travailleur tout autant que la survenue de lésions professionnelles peut en réduire la durée. À ce chapitre, les travailleurs ne sont malheureusement pas tous égaux. Certains sont exposés à plus de contraintes physiques que d'autres, comme l'a démontré l'EQCOTESST.   

Une chose est certaine, il faut trouver des solutions, car le marché de la main-d'œuvre change et plusieurs employeurs peinent à dénicher des travailleurs qualifiés. Les employeurs comme les travailleurs et leurs représentants pourront toujours compter sur l'IRSST pour les aider, par l'avancement des connaissances, à assainir et sécuriser leurs milieux de travail. Nous vieillissons tous. Même si cette réalité ne les a pas encore tous frappés, les jeunes d'aujourd'hui seront les travailleurs vieillissants de demain. Pensons-y dès maintenant. Nous aurons tous besoin d'une relève, alors soyons prêts à accueillir les jeunes et les nouveaux, mais aussi à accommoder ceux et celles qui se disent disposés à décaler leur retraite en leur offrant des milieux de travail sains et salubres.

Marie Larue

 

Où s’arrête le rôle des scientifiques?

La recherche scientifique est généralement d'une grande utilité. Grâce aux connaissances qu'elle génère, la science contribue à une meilleure compréhension de certains phénomènes, au développement de méthodes ou de modèles nous permettant d'établir avec justesse des prévisions, à la conception d'applications concrètes ou de produits pouvant être utiles ou nécessaires à l'essor de la société, à la prévention des risques de tous types, à la protection de notre environnement, etc. L'essence de la science consiste à développer des connaissances sur la base de données probantes à partir de méthodes vérifiables et reproductibles. Pour ce faire, les chercheurs et les gestionnaires de la recherche ne seront jamais assez exigeants en matière d'intégrité, de probité et de rigueur intellectuelle, car ces caractéristiques sont, avec l'évaluation par les pairs, les fondements même de la recherche scientifique. Ces particularités font en sorte que la société civile peut s'approprier avec confiance les résultats issus de la recherche.

Mais où s'arrête le rôle de la science? C'est la question qui animait mes échanges avec des collègues alors que nous essayions de comprendre ce qui motivait la condamnation à six ans de prison des scientifiques et experts italiens mis en cause, non pas pour avoir sous-estimé le risque du tremblement de terre de l'Aquila, mais bien, si ma compréhension est exacte, pour avoir fourni des informations « inexactes, incomplètes et contradictoires » à la population au regard de l'imminence du séisme lors d'une rencontre publique des membres d'une commission à qui les autorités avaient demandé de rassurer la population.

Au-delà de cette affaire qui n'a pas fini de faire couler de l'encre puisque le jugement a été porté en appel, il y a lieu de se poser la question suivante : Est-ce le rôle de la science de gérer des crises et d'en communiquer les risques? Scientifiques et gestionnaires jouent des rôles différents. Ils ont chacun leur vocabulaire et leur façon de communiquer. L'estimation du risque relève du monde de la science. Mais il ne constitue qu'un élément parmi d'autres à sous-peser lorsque vient le temps de prendre des décisions en termes de sécurité publique. On doit notamment considérer la gravité des effets sur la vie, la santé, l'importance du risque, l'urgence de la situation, la présence d'incertitudes, les enjeux et les dimensions éthiques, la faisabilité et l'acceptabilité des options, sans compter les questions socio-économiques, politiques et juridiques. La science ne peut pas, à chaque fois, répondre instantanément, clairement et sans nuance à l'ensemble de ces considérations et encore moins toutes les soutenir à l'aide de données probantes issues de la recherche.

Ce qui se passe en Italie illustre peut-être le fait que plusieurs chercheurs se sentent beaucoup plus à l'aise sur les tribunes scientifiques que dans les forums publics ou devant les caméras de télévision. Il n'en demeure pas moins qu'ils ont le droit, y compris à titre de simple citoyen, de participer à des débats de société sur la place publique, même s'ils ont un devoir de réserve. On ne peut toutefois exiger d'eux qu'ils soutiennent un débat public qui déraille, ni qu'ils acceptent que l'état des connaissances soit ignoré, déformé ou présenté de façon incomplète.

Dans un monde idéal, nous devrions tous éviter de répondre à des questions hypothétiques. Mais dans la vraie vie, ce principe est assez difficilement applicable... Il y aura toujours des risques qui ne sont pas prouvés ou pour lesquels la littérature n'est pas suffisante pour créer un consensus dans la communauté scientifique. Plusieurs risques demeurent probables, d'autres incertains. Rien n'est jamais tout noir, ni tout blanc. Encore moins dans le monde de la recherche où les nuances, les détails, les précisions, les limites, les marges d'erreur, la sémantique et même les décimales peuvent avoir une importance fondamentale. Mais la soif de connaître et le besoin de rassurer étant ce qu'ils sont, il y aura toujours un citoyen, une autorité publique, un média d'information qui tentera d'obtenir un pronostic de la part d'un chercheur puisque c'est souvent vers lui qu'on se tourne pour savoir où en est la science sur un sujet. On ne pourra ni empêcher une question d'être posée, ni une personne de tenter d'y répondre.

Il demeure une chose. Ce n'est pas aux seuls scientifiques de contribuer à la gestion d'une crise. Laissons la science aux scientifiques, la gestion aux gestionnaires et les décisions aux élus. Ils ont chacun des rôles bien définis et des responsabilités différentes. Ce qui n'empêche pas, en temps de crise, que tout le monde mette l'épaule à la roue dans les limites de leurs compétences et de leurs responsabilités. Il y a fort à parier que la communication d'une décision qui repose sur des données probantes issues de la recherche scientifique a beaucoup plus de chances de convaincre la population, d'être acceptée et appliquée par les autorités, surtout en temps de crise.

 

Marie Larue

 

NB : Pour en savoir plus sur la communication du risque en santé et en sécurité du travail, voir http://www.irsst.qc.ca/-irsst-tv.html . Vous trouverez les vidéos des six conférences présentées en 2011 lors d'un colloque IRSST sur la perception et la communication du risque en SST.

Source de l'image: http://ingvterremoti.files.wordpress.com/2012/05/sismicitc3a0recente1.jpg

 

L'importance du sexe... en recherche

Dans le monde de la recherche en santé et en sécurité du travail, il est essentiel de conduire des études ou des analyses différenciées selon le genre et le sexe, car, nous dit l'OMS, « le fait d'être un homme ou une femme a sur la santé des conséquences importantes, qui résultent à la fois des différences biologiques et sociales ». Si les caractéristiques liées au sexe des hommes et des femmes sont semblables dans tous les pays, il en va autrement lorsqu'on parle des aspects associés au genre, qui eux peuvent être différents, puisqu'ils sont déterminés socialement et fondés sur des rôles et des comportements qui permettent de distinguer les hommes et les femmes dans un environnement donné. Nous connaissons tous des pays où hommes et femmes n'ont pas les mêmes droits. Par exemple, dans certains cas on interdit aux femmes de conduire un véhicule; dans d'autres pays l'usage du tabac est socialement mal vu si vous êtes une femme, mais accepté si vous êtes un homme, etc.

Au Québec, l'Enquête québécoise sur des conditions de travail, d'emploi et de santé et de sécurité du travail (EQCOTESST), a aussi mis en relief plusieurs caractéristiques associées au genre des personnes. Ainsi, les travailleuses sont plus scolarisées que les travailleurs, mais elles occupent moins de postes de cadres et sont moins nombreuses à gagner plus de 40 000 $ par année. On les retrouve en plus grand nombre dans la fonction publique, dans les soins de santé, l'enseignement, la restauration, l'hébergement, etc. Elles occupent des emplois à temps partiel, des emplois temporaires dans une proportion plus importante que les hommes et sont plus exposées qu'eux à des situations de tension avec le public. Les femmes se disent également plus susceptibles d'être harcelées psychologiquement ou sexuellement, et elles sont plus nombreuses que les hommes à signaler des symptômes dépressifs et des douleurs musculo-squelettiques perçus comme étant associés à leur travail. Elles se retrouvent aussi plus souvent que les hommes à assumer des responsabilités familiales élevées et exécutent davantage de travaux ménagers. Tous ces éléments constituent des caractéristiques liées au genre des personnes et méritent d'être considérés dans les recherches chaque fois que la situation s'y prête, car ils peuvent avoir une influence sur la SST. D'ailleurs, l'Institut a déjà publié des études sur les secteurs et les professions à risque qui permettaient notamment d'observer des différences en matière de prévalence des lésions entre les hommes et les femmes dans une même profession; différences qui existent également quant à la nature des blessures subies.

L'importance que l'IRSST accorde au genre et au sexe des travailleurs n'est pas étrangère au fait que nous nous sommes associés à l'Institut de la santé des femmes et des hommes des Instituts de recherche en santé du Canada (ISFH-IRSC) et à d'autres organismes pour financer un programme de chaires de recherche sur le genre, le travail et la santé. À cet égard, l'IRSST entend favoriser les propositions de chercheurs qui voudront étudier les thématiques concernant 1) le genre et les troubles musculo-squelettiques, 2) le genre et l'exposition à des agents chimiques ou biologiques, 3) le genre et la diversification des formes d'emploi; 4) le genre et le retour au travail.  

L'Institut a aussi choisi « L'importance de considérer le genre et le sexe en SST » comme thématique de son colloque institutionnel annuel 2012. Ce colloque devrait mettre en lumière les différences liées au genre et au sexe sur le plan de la SST, de la prévention, de la réadaptation et du retour au travail, et vient confirmer la volonté de l'IRSST de réaliser des études différenciées selon le genre des personnes, car il ne faut pas oublier qu'au Québec, le marché du travail comptait 52 % d'hommes et 48 % de femmes en 2011. Nous le faisons parce que nous croyons que les connaissances qui résultent de ce type d'analyses sont utiles en matière de prévention des lésions professionnelles et de réadaptation des victimes.

Les emplois deviennent verts, mais le travail, lui?

En juin, au Brésil, lors de la conférence Rio +20 des Nations Unies, les chefs d'État et les représentants de la société civile ont renouvelé leur engagement pour une économie plus verte dans un contexte de développement durable. On constate que dans ce forum international, comme dans d'autres, les intervenants accolent de plus en plus le concept d'une économie verte à celui du développement durable.

Il existe plusieurs définitions de l'économie verte, mais, grosso modo, disons qu'il s'agit de l'ensemble des activités économiques soucieuses de préserver l'environnement autant dans les secteurs traditionnels comme l'agriculture que dans de nouveaux comme ceux du recyclage ou des formes d'énergie renouvelable. Par extension, on parle d'emplois verts.

En lisant le document final de la conférence Rio +20, L'avenir que nous voulons, on constate que celui-ci est plutôt silencieux sur la santé et la sécurité de ceux qui exercent des emplois associés au développement durable. Comme, dans bien des cas, il s'agit de nouveaux emplois, il faudra les apprécier à l'aune de la SST avant de se prononcer. Mais, pour ceux qui ont déjà été évalués, on constate que les conditions dans lesquelles s'effectue le travail ne sont pas nécessairement vertes. Que ce soit dans le domaine du recyclage des métaux ou des déchets, ou encore dans celui de l'énergie solaire ou des biocarburants, les emplois ne sont pas aussi « verts » qu'on peut le croire. Loin de là. Ce n'est pas parce qu'on dit qu'un emploi est vert qu'il s'effectue automatiquement dans un environnement sans dangers ni risques pour la santé et la sécurité de ceux qui l'exercent. Prenons l'exemple de l'agriculture. Les produits agricoles, qu'ils proviennent de l'élevage ou de la culture, peuvent fort bien être verts, mais il y aura toujours en milieu agricole des bioaérosols et des contaminants dont il faudra se protéger, des risques associés à la machinerie qu'il faudra prévenir, etc. Personne ne niera non plus que le recyclage est un bel exemple de développement durable et d'économie verte. Pourtant, là encore, le travail dans ce secteur n'est pas vert pour autant. Dans les centres de tri, les opérations manuelles exposent les travailleurs à plusieurs dangers : contamination par des agents biologiques ou gazeux, bruit, poussière, risques liés aux équipements (chariots élévateurs, chargeuses, convoyeurs, électroaimants, trieuses), mouvements répétitifs, etc. Rappelons-nous que c'est également en recyclant, du métal cette fois, que des travailleurs en particulier dans le secteur des fonderies ont été exposés aux poussières et aux fumées de substances nocives pour la santé. L'énergie solaire est aussi un autre exemple d'un produit plus vert que vert et qui ne contribue pas à l'augmentation des gaz à effets de serre. Or, la fabrication des cellules photovoltaïques qui entrent dans la composition des panneaux solaires exige la mise en place de mesures de prévention pour protéger les travailleurs contre des risques potentiels d'exposition à des contaminants chimiques. Les défis en SST des emplois verts de l'industrie du photovoltaïque au Québec font d'ailleurs l'objet d'un projet de recherche de la division Prévention des risques chimiques et biologiques.

La mission de l'IRSST s'inscrivant parfaitement dans la philosophie du développement durable, l'Institut suit attentivement la croissance de l'économie verte, non pas pour en compromettre ou en ralentir l'essor, mais bien pour apprécier les risques potentiels pour les travailleurs, soutenir les milieux de travail et être en mesure de leur suggérer des moyens de prévention.

Si l'économie devient verte, de même que les emplois et les produits qui en découlent, ne serait-il pas légitime que le travail et les conditions de son exécution puissent également être le plus vert possible? La question mérite d'être posée. 

Marie Larue

Pour mieux prévenir les cancers professionnels

CC: JmarchnDans le Plan triennal 2009-2011 adopté par son conseil d'administration, l'IRSST proposait de faire le point sur les substances reconnues sur la scène internationale comme étant associées à des cancers professionnels. C'est dans ce contexte que s'inscrit la publication récente du premier portrait des travailleurs québécois exposés aux substances cancérogènes. Cette recherche est une contribution importante aux connaissances dans ce domaine. Malgré les difficultés, les chercheurs ont compilé des estimations d'exposition pour 38 substances reconnues cancérogènes ou qui le sont probablement1. Par la suite, ils ont évalué, pour chacun de ces 38 cancérogènes, le nombre de travailleurs québécois exposés par secteur d'activité économique. Depuis la diffusion des résultats de l'étude, plusieurs d'entre vous ont posé des questions. Je réponds brièvement à quelques-unes d'entre elles.

Pourquoi avoir effectué cette étude ?

Brosser ce portrait constitue une étape essentielle d'une démarche préventive visant à éliminer l'exposition aux substances cancérogènes ou, si c'est impossible, la réduire au minimum. L'étude, comme bien d'autres, a ses limites, mais elle a le mérite d'établir un état de la question, d'apprécier l'ampleur du problème et, surtout, de donner des pistes d'action puisqu'elle nous permet d'identifier quelles sont les industries et les professions où les travailleurs sont le plus susceptibles d'être exposés aux cancérogènes. Nous souhaitons qu'elle soit utile aux intervenants en santé au travail et aux préventeurs afin qu'ils puissent agir dès maintenant. Elle servira aussi aux chercheurs qui pourront s'y référer afin de déterminer des pistes de recherche prioritaires.

Pourquoi avoir choisi les 38 substances qui ont fait l'objet de l'étude ?

D'abord, les chercheurs ont retenu cinq sources crédibles qui classifient des substances en fonction de leur cancérogénicité : La Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), l'American Conference of Governmental Industrial Hygenists (ACGIH), la Commission allemande pour l'étude des risques à la santé des substances chimiques présentes en milieu de travail (Commission MAK), le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'Organisation mondiale de la santé et le U.S. National Toxicology Program (NTP). Par la suite, ils ont cherché des données d'exposition établies sur des bases scientifiques pertinentes au contexte québécois. Des données n'étant pas disponibles pour tous les contaminants, les chercheurs en ont finalement retenu 38 pour lesquels des estimations étaient disponibles en octobre 2010. Précisons qu'aucun des cinq organismes ne classifie tout à fait de la même façon les cancérogènes. Ceux-ci sont répertoriés en plusieurs catégories qui diffèrent légèrement d'un organisme à l'autre, mais la diversité des sources d'information de l'équipe de recherche est un gage de la valeur de la compilation qu'elle a effectuée.

Le rôle de l'IRSST est de contribuer, par la recherche, à la prévention des lésions professionnelles. Dans un contexte où des travailleurs sont potentiellement exposés à des substances cancérogènes, il est important que l'information soit disponible dans les milieux de travail afin que ceux-ci puissent être en mesure de substituer les contaminants par des substances moins nocives et, si cela est impossible, d'utiliser les mesures préventives collectives ou individuelles appropriées dans un but de prévention durable. L'Institut s'engage à soutenir les milieux de travail aux prises avec des difficultés s'ils avaient des besoins en matière de substitution de produits ou pour choisir des équipements de protection adéquats.  

Bon été.

Marie Larue

 

Références:

http://www.irsst.qc.ca/solub/

http://www.prot.resp.csst.qc.ca/

 


1. Les classifications peuvent varier légèrement d'un organisme à l'autre, mais généralement une substance probablement cancérogène est un polluant pour lequel on dispose de suffisamment d'éléments pour justifier une forte présomption que l'exposition d'une personne à de telles substances peut provoquer un cancer.

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