Les recherches sur les femmes et le travail

À la suite de mon commentaire sur les femmes dans le monde de la recherche formulé à l'occasion de la Fête internationale du 8 mars, on me suggère d'aborder une autre facette, soit celle des recherches ayant pour objet les femmes et le travail.

Au cours des dernières années, l'IRSST a réalisé des projets ciblant des secteurs d'activités et des professions où les femmes étaient largement majoritaires. Mais, dans la majorité des cas, on constate que les projets de recherche en SST considèrent les travailleurs comme s'ils étaient une seule et même entité, sans vraiment prendre en considération les aspects biologiques ou socioculturels des hommes et des femmes. Sommairement, on pourrait dire que la recherche ne cherchait pas à savoir si les déterminants des lésions professionnelles étaient distincts selon le sexe des travailleurs. Une logique semblable s'appliquait aux résultats de recherche. En d'autres mots, on prenait pour acquis que les résultats des recherches s'appliquaient autant aux hommes qu'aux femmes.

Je ne dis pas ici qu'il est essentiel que chaque projet doive nécessairement analyser tous les facteurs de risque en fonction du sexe des personnes. Ce que l'on sait toutefois, c'est que ce type d'analyse distincte en fonction de variables tels le sexe ou  l'âge des personnes fournit des informations intéressantes, parfois même inédites, pouvant constituer de nouvelles pistes de recherche. C'est ce que fait notamment le Groupe connaissance et surveillance statistiques de l'IRSST depuis quelques années lorsqu'il approfondit les indicateurs des lésions indemnisées. En procédant ainsi, les scientifiques ont pu déterminer des différences entre les hommes et les femmes. Exemple : si les groupes à risque sont surtout dans les secteurs d'activités et les professions où se retrouvent majoritairement les hommes, des analyses plus fines permettent d'avancer que lorsqu'une profession ou un secteur d'activité compte un nombre suffisant de lésions et de travailleurs de chacun des deux sexes, les femmes affichent, dans la majorité des cas, un taux de prévalence supérieur à celui des hommes. L'IRSST a aussi mis en lumière que, dans les professions manuelles, si les hommes ont plus fréquemment des lésions, la durée moyenne d'indemnisation est plus longue pour les femmes que pour les hommes. Les femmes semblent aussi plus concernées par des situations de travail occasionnant des troubles musculo-squelettiques, ce qui pourrait expliquer qu'elles mettent plus de temps que les hommes à reprendre le travail.

Il va de soi qu'avec l'avancement des connaissances, d'autres réalités seront mises en évidence au cours des prochaines années. Je pense, entre autres, à la manutention. Certaines études indiquent que les femmes courent un risque accru de blessures au dos lorsqu'elles manipulent des marchandises ou déplacent des personnes comparativement aux hommes. Une équipe de recherche de l'IRSST a donc présenté un projet pour étudier, en laboratoire, les principes de manutention applicables aux femmes ; projet pour lequel un avis de pertinence et la priorité a été formulé par nos instances.

Chose certaine, qu'il s'agisse d'hommes ou de femmes, chaque fois qu'un développement de connaissance survient en SST, c'est tout le monde du travail qui en bénéficie.

 

Marie Larue