On le sait. Les Québécois constituent, après les Japonais, la deuxième population la plus vieillissante au monde. Les projections de l'Institut de la statistique indiquent que le nombre de Québécois en âge de travailler commencera à diminuer à compter de 2013 et le rythme va s'accélérer. La Commission nationale sur la participation au marché du travail des travailleurs expérimentés de 55 ans et plus, dont le rapport vient d'être publié, nous prévient : en 2030, le Québec comptera environ 200 000 travailleurs de moins qu'en 2013. Cette nouvelle réalité n'est pas sans nous faire réfléchir.
Le paradigme actuel, qui consiste à inciter les travailleurs expérimentés à prendre leur retraite afin dégager des postes pour les plus jeunes, sera inversé. Il faudra alors inciter les travailleurs plus âgés à demeurer actifs un peu plus longtemps sur le marché du travail. Ce qui ne sera pas une mince affaire, lorsque l'on sait, qu'en 2009, l'âge médian de la retraite au Québec se situait en bas de 60 ans (59,9) ; les travailleurs québécois prennent leur retraite 1 an et demi plus tôt que les Canadiens tandis que les travailleuses québécoises quittent le marché du travail deux ans plutôt que les Canadiennes.
Les employeurs devront s'ajuster à cette nouvelle réalité qui n'est pas sans soulever de nouveaux défis, non seulement en matière de gestion prévisionnelle de la main-d'œuvre, mais aussi en santé et en sécurité du travail. La Commission nationale identifie déjà des régions, qui, entre 2008 et 2031, connaîtront de sérieux problèmes de disponibilité de main-d'œuvre. En premier lieu, on cible le Saguenay-Lac-Saint-Jean avec une perte de 51 500 travailleurs, suivi du Bas-Saint-Laurent (33 400 t.), de l'Abitibi-Témiscamingue (21 200 t.) et de la Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine (16 600 t.). Ces régions, qui ont déjà des problèmes de rétention des jeunes travailleurs, devront être en mesure de les inciter à demeurer, en plus d'être capable d'en attirer d'autres dans un marché qui deviendra de plus en plus compétitif. Là encore, le défi est de taille.
Faut donc, sans tarder, se préparer car les difficultés à recruter en cachent d'autres : tensions intergénérationnelles plus perceptibles, intégration d'un plus grand nombre de travailleurs immigrants, augmentation de la charge de travail, recours plus fréquents aux heures supplémentaires, peu de temps pour la formation, etc. Nous pouvons déjà réfléchir à l'impact de ces situations, notamment sur la santé et la sécurité du travail.
Une chose est sûre. Ces changements n'interpellent pas que les employeurs et les travailleurs, qui seront appelés à collaborer comme jamais et à être créatifs. C'est toute la société québécoise qui devra s'atteler à la tâche. Comme le dit la Commission nationale, ces changements démographiques « concernent toutes les générations et la société tout entière. Ils commandent des changements de comportement et des ajustements à plusieurs politiques publiques, qui vont bien au-delà du traitement des travailleurs âgés dans les milieux de travail et des régimes de retraite. Il faut, dans le nouveau contexte démographique du Québec, se préoccuper notamment de la persévérance scolaire, de la qualification de la main-d'œuvre, de la formation continue, de l'organisation du travail, de la santé des travailleurs, de la conciliation entre le travail et la vie personnelle, de l'accueil et de l'intégration économique des immigrants, de l'insertion des chômeurs de longue durée et de l'épargne en prévision de la retraite. En somme, les enjeux associés aux changements démographiques doivent être analysés à la lumière d'une conception plus souple du travail et de la retraite. »
Je m'arrête ici, pour le moment, mais je vous reviendrai sur des éléments de solutions que l'IRSST a proposés à la Commission nationale en matière de SST.
À suivre.