Attention de ne pas déplacer le problème

De par sa mission, l'IRSST n'a pas à se prononcer sur l'âge de la retraite, ni sur l'autonomie financière des retraités. Ces questions relèvent davantage du politique que du scientifique. L'Institut et son personnel sont cependant soucieux de considérer les particularités liées au vieillissement de la main-d'œuvre dans la perspective où les travailleurs âgés de 55 ans ou plus seront fortement incités, au cours des prochaines années, à demeurer sur le marché du travail quelques années de plus. Ce souci nous a amenés à rencontrer le président de la Commission nationale sur la participation au marché du travail des travailleuses et travailleurs expérimentés de 55 ans ou plus, M. Gilles Demers, et deux membres de son équipe. Sachant que le Québec appréhende une pénurie de main-d'œuvre dont les effets se feront sentir dès 2013, l'IRSST avait tout intérêt à participer à la consultation de la Commission nationale puisque cette problématique aura des conséquences sur la santé et la sécurité des travailleurs.

Marie Larue, Gilles DemersÀ la lecture du rapport, je constate que la Commission a retenu que « l'incidence des accidents du travail est moins élevée chez les travailleurs expérimentés (par contre, en cas d'accident, la période d'absence peut-être plus longue) », et que l'allongement de la période de vie active des travailleurs seniors pourrait nécessiter des ajustements tels que la réduction de l'exposition aux risques afin d'assurer des environnements de travail sains et sécuritaires.  

Lors de cette rencontre, l'Institut avait évoqué, exemples à l'appui, la problématique du vieillissement et ses déterminants. Parmi les facteurs, qui ont été soulevés comme pouvant avoir une influence sur l'âge de la retraite, figurait au premier chef l'organisation du travail. La décrivant comme « l'un des aspects les plus négligés de la gestion des entreprises et des institutions », le rapport de la Commission précise qu'une « bonne organisation du travail permet généralement d'éviter ou de diminuer l'épuisement professionnel, les risques d'accident ou le manque de motivation des employés, ce qui est une condition essentielle à une participation prolongée des travailleurs expérimentés. »

« Si l'on veut que des employés continuent à travailler quelques années de plus, il faut leur offrir un environnement de travail adéquat qui ne les épuise pas prématurément et qui leur procure un certain bien-être », ajoute la Commission. Il y a donc lieu que les employeurs, les travailleurs, les associations patronales et syndicales, les intervenants en SST et les chercheurs aient des « préoccupations tangibles » à l'égard des conditions de travail afin que, comme société voulant conserver un niveau de vie semblable à celui qu'on connaît, nous puissions relever tous ensemble le défi de la rareté de la main-d'œuvre.

Pour sa part, l'IRSST estime que, pour éviter de « déplacer le problème », les solutions qui devront être mises en place ne doivent pas s'appliquer uniquement aux travailleurs âgés, mais à l'ensemble de la main-d'œuvre québécoise, car les jeunes travailleurs d'aujourd'hui seront les travailleurs expérimentés de demain et que, dans certains métiers, on peut devenir « vieux » avant d'avoir 55 ans.