Les emplois deviennent verts, mais le travail, lui?

En juin, au Brésil, lors de la conférence Rio +20 des Nations Unies, les chefs d'État et les représentants de la société civile ont renouvelé leur engagement pour une économie plus verte dans un contexte de développement durable. On constate que dans ce forum international, comme dans d'autres, les intervenants accolent de plus en plus le concept d'une économie verte à celui du développement durable.

Il existe plusieurs définitions de l'économie verte, mais, grosso modo, disons qu'il s'agit de l'ensemble des activités économiques soucieuses de préserver l'environnement autant dans les secteurs traditionnels comme l'agriculture que dans de nouveaux comme ceux du recyclage ou des formes d'énergie renouvelable. Par extension, on parle d'emplois verts.

En lisant le document final de la conférence Rio +20, L'avenir que nous voulons, on constate que celui-ci est plutôt silencieux sur la santé et la sécurité de ceux qui exercent des emplois associés au développement durable. Comme, dans bien des cas, il s'agit de nouveaux emplois, il faudra les apprécier à l'aune de la SST avant de se prononcer. Mais, pour ceux qui ont déjà été évalués, on constate que les conditions dans lesquelles s'effectue le travail ne sont pas nécessairement vertes. Que ce soit dans le domaine du recyclage des métaux ou des déchets, ou encore dans celui de l'énergie solaire ou des biocarburants, les emplois ne sont pas aussi « verts » qu'on peut le croire. Loin de là. Ce n'est pas parce qu'on dit qu'un emploi est vert qu'il s'effectue automatiquement dans un environnement sans dangers ni risques pour la santé et la sécurité de ceux qui l'exercent. Prenons l'exemple de l'agriculture. Les produits agricoles, qu'ils proviennent de l'élevage ou de la culture, peuvent fort bien être verts, mais il y aura toujours en milieu agricole des bioaérosols et des contaminants dont il faudra se protéger, des risques associés à la machinerie qu'il faudra prévenir, etc. Personne ne niera non plus que le recyclage est un bel exemple de développement durable et d'économie verte. Pourtant, là encore, le travail dans ce secteur n'est pas vert pour autant. Dans les centres de tri, les opérations manuelles exposent les travailleurs à plusieurs dangers : contamination par des agents biologiques ou gazeux, bruit, poussière, risques liés aux équipements (chariots élévateurs, chargeuses, convoyeurs, électroaimants, trieuses), mouvements répétitifs, etc. Rappelons-nous que c'est également en recyclant, du métal cette fois, que des travailleurs en particulier dans le secteur des fonderies ont été exposés aux poussières et aux fumées de substances nocives pour la santé. L'énergie solaire est aussi un autre exemple d'un produit plus vert que vert et qui ne contribue pas à l'augmentation des gaz à effets de serre. Or, la fabrication des cellules photovoltaïques qui entrent dans la composition des panneaux solaires exige la mise en place de mesures de prévention pour protéger les travailleurs contre des risques potentiels d'exposition à des contaminants chimiques. Les défis en SST des emplois verts de l'industrie du photovoltaïque au Québec font d'ailleurs l'objet d'un projet de recherche de la division Prévention des risques chimiques et biologiques.

La mission de l'IRSST s'inscrivant parfaitement dans la philosophie du développement durable, l'Institut suit attentivement la croissance de l'économie verte, non pas pour en compromettre ou en ralentir l'essor, mais bien pour apprécier les risques potentiels pour les travailleurs, soutenir les milieux de travail et être en mesure de leur suggérer des moyens de prévention.

Si l'économie devient verte, de même que les emplois et les produits qui en découlent, ne serait-il pas légitime que le travail et les conditions de son exécution puissent également être le plus vert possible? La question mérite d'être posée. 

Marie Larue

Commentaire

Bertrand Derome a dit :

Bonjour,

Un article intéressant qui m'amène à réfléchir sur ce qui se fait en protection dans les magasins, les grandes surfaces etc... Lorsque je dois magasiner et qu'en rentrant je sens des odeurs chimiques de toutes sortes.  Solvants, durcisseurs, refroidisseurs etc... Beaucoup trop de produits viennent de pays sans règlementation ou presque. Sans contrôle de qualité pour avoir des prix  dérisoires. Des produits qui nuisent à notre santé, à l'environnement et à notre économie.

Quand aurons-nous des dirigeants adultes responsables?

Bertrand Derome

# août 6, 2012 10:37

BOUAMOUD a dit :

Bonjour,

Comprendre la « philosophie du développement durable » comme signalé dans l’avant dernier paragraphe est la clef de réussite d’un tel concept. Plusieurs entreprises utilisent le concept du « développement durable » sans autant faire la différence entre la Responsabilité Sociétale de l’Entreprise(RSE) et le développement durable qui concerne la planète et l’humanité entière. En plus nous avons l’impression que ce concept a été crée par les économistes pour recréer un équilibre entre le niveau du risque cible des populations et le risque perçus à travers la dégradation de l’environnement (nature) et  pour gérer l’indignation chez l’humanité contre les inégalités recensées.

La santé et sécurité au travail ainsi que les conditions du travail font partie de la RSE et, par conséquent, leurs respects participeront dans le développement durable, mais malheureusement nous ne pouvant pas filmer en direct une maladie professionnelle ou un accident mortel comme un ouragan ou une inondation pour rendre le risque plus perçu par les responsables. Par contre nous allons travailler pour rendre le niveau de risque cible plus bas chez les décideurs et rendre plus visible les dégâts sur la santé sécurité des travailleurs (théorie de l’homéostasie des risques (Wilde, 1988, 1994)).

Radouane BOUAMOUD

Ingénieur Préventeur

r-bouamoud@hotmail.com

# septembre 10, 2012 10:46