En ce 8 mars

À l'occasion de la fête internationale des femmes, il est approprié de se pencher sur la féminisation du marché du travail. En 35 ans, la proportion d'emplois occupés par les femmes sur le marché du travail au Québec est passée de 35 % qu'elle était en 1976 à 48 % en 2011. Les femmes constituent donc près de la moitié de la main-d'œuvre totale. Cette présence accrue se fait sentir surtout dans les secteurs de production de services où les femmes se retrouvent en plus grande proportion que les hommes.  Leur présence est nettement plus faible dans les secteurs de production de biens où les hommes dominent. Plus du tiers des femmes œuvrent dans le secteur public comparativement à 17,5 % pour les hommes. Elles sont trois fois plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel. Pour elles, il s'agit souvent d'un choix dicté pour permettre de concilier travail et vie personnelle, car elles assument la majorité des heures consacrées au travail domestique et sont plus nombreuses que les hommes à avoir des responsabilités familiales élevées (monoparentalité, garde des enfants, soins aux personnes âgées ou en perte d'autonomie, etc.). Les femmes ont aussi moins d'heures de loisir. Leur perception de leur état de santé général est moins bonne que celle des hommes. De plus, les études montrent que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à considérer leur travail comme étant émotionnellement exigeant et à occuper des emplois propices à des situations de tension avec le public. Les travailleuses sont aussi plus nombreuses que les travailleurs à déclarer ressentir des troubles musculo-squelettiques et à connaître des niveaux de détresse psychologique plus élevés. 

Il m'est possible de brosser ce portrait des femmes parce que des données existent. L'avancement des connaissances nous permet également de mieux apprécier la distribution inégale des lésions professionnelles entre les hommes et les femmes, celles-ci ont un taux de fréquence-gravité en équivalent temps complet plus élevé que les hommes pour une même catégorie professionnelle. Cette situation s'explique essentiellement par une durée moyenne d'indemnisation plus longue chez les femmes. Encore là, je peux soutenir mon propos grâce à des données différenciées selon le genre que l'on retrouve dans des recherches comme l'Enquête québécoise sur des conditions de travail et de santé et de sécurité du travail (EQCOTESST) ou encore celle sur les Lésions professionnelles indemnisées au Québec en 2005-2007 

La prise en compte du sexe et du genre en recherche en santé et en sécurité du travail devient un réflexe. Chaque fois qu'une analyse différenciée selon le sexe est possible et peut apporter un éclairage nouveau, l'IRSST voit à ce qu'elle soit incluse dans les devis de recherche. En ce 8 mars, je ne peux que réaffirmer la volonté de l'Institut de poursuivre dans cette voie pour faire en sorte que nous disposions de plus en plus d'indicateurs différenciés et de connaissances basées sur le genre et le sexe des travailleurs. Cette volonté n'est pas étrangère au soutien que nous avons apporté récemment, comme partenaire de l'Institut de la santé des femmes et des hommes des Instituts de recherche en santé du Canada, au programme de chaire de recherche en SST sur le genre, le travail et la santé. Les travaux de cette chaire nous permettront de contribuer, par la recherche, à une meilleure compréhension des lésions professionnelles propres aux femmes, de leur mode opératoire - comme nous avons fait avec l'étude comparant les hommes et les femmes manutentionnaires -, ou encore à des interventions plus efficaces en matière de prévention. L'IRSST se positionne ainsi pour devenir un leader influent en matière de recherche en SST qui tient compte du genre. 

À toutes les femmes, en particulier à toutes les travailleuses, les administratrices, les chercheuses et les techniciennes de laboratoire, je nous souhaite une Journée internationale de la femme des plus réussie.

 

Marie Larue

Voir la vidéo : Mot de Marie Larue - 8 mars 2013