Le vieillissement de la main-d'oeuvre

Au Québec, le phénomène du vieillissement de la main-d'œuvre est en forte croissance depuis 10 ans et il le sera encore pour une dizaine d'années. Cette question interpelle la société en général, mais aussi le monde de la recherche, car l'augmentation du nombre de travailleurs âgés de 55 ans ou plus a des conséquences en termes de santé et de sécurité au travail. Le vieillissement engendre un processus de déclin des capacités physiques et affecte notamment les facultés cognitives.

S'il est vrai que les travailleurs plus expérimentés subissent moins d'accidents que les plus jeunes, ils sont par contre plus vulnérables, particulièrement les travailleurs manuels, aux risques de lésion avec atteinte permanente et aux maladies professionnelles. L'IRSST s'intéresse à cette problématique depuis quelques années et il poursuit des actions de sensibilisation auprès des chercheurs pour les inciter à considérer les particularités liées au vieillissement de la main-d'œuvre lors de l'élaboration de nouvelles propositions de recherche. 

Par ailleurs, les travailleurs plus âgés ont acquis, la plupart du temps sur le tas, des habiletés, des compétences et de l'expérience qui favorisent la productivité et la qualité, mais aussi leur santé et leur sécurité au travail. Souvent, les travailleurs avec le plus d'ancienneté accompagnent les plus jeunes et tentent de leur inculquer ces savoirs de métier et de prudence. Même si des études ont démontré que ce type d'apprentissage est influencé par plusieurs facteurs, ce  transfert de connaissances intergénérationnel est quelque chose qu'on doit encourager. Pas étonnant que le premier ministre du Québec ait évoqué cette question dans le discours inaugural de la session parlementaire qu'il a prononcé le 23 février devant l'Assemblée nationale. « Nous allons repenser notre organisation du travail pour que nos jeunes, notamment, bénéficient davantage des conseils de ceux qui ont de l'expérience. Nos aînés sont actifs. Nous avons besoin d'eux. Et nous les voulons en emploi aussi longtemps qu'ils le voudront. Ce sera la conciliation travail-retraite », disait-il.  

Les représentants patronaux et syndicaux doivent favoriser ce transfert intergénérationnel afin que les jeunes travailleurs puissent bénéficier de l'expérience et du savoir-faire des travailleurs plus âgés.  

Quoi qu'il en soit, on ne peut envisager uniquement des solutions s'appliquant aux personnes de 55 ans ou plus. L'IRSST estime qu'il faut aborder la question des âges en pensant au développement de l'individu tout au long de sa vie professionnelle et mettre en œuvre des modalités en matière de conditions de travail et de SST qui s'appliquent aux travailleurs de tous âges.

L’IRSST entre en processus d’évaluation

L'année 2010, marque les 30 ans de l'IRSST. C'est une occasion pour se remémorer les nombreuses réussites et le chemin parcouru lors de cette période.

L'année 2010 est également le temps des bilans puisque nous sommes à préparer l'évaluation institutionnelle dont l'Institut fera l'objet en tout début de 2011. Cet exercice, confié à des experts externes, est une pratique courante dans les organisations qui font de la recherche scientifique. Il s'agit d'une étape importante dans la vie de l'Institut. À la suite de la première évaluation, menée en 2005, plusieurs des recommandations formulées par un comité d'experts ont été appliquées. Ainsi, nous avions alors apporté des ajustements dans nos façons de faire, en accordant notamment plus de place à la transmission des résultats de recherche et aux activités de veille scientifique. En réponse à une autre recommandation du comité, l'IRSST s'était aussi engagé à répéter cet exercice d'évaluation à tous les cinq ans. Nous y sommes.

L'évaluation institutionnelle comporte deux objectifs. Le premier consiste à évaluer notre performance et la pertinence de nos activités scientifiques. Le second vise à proposer des pistes d'amélioration et d'orientations futures pour que nous demeurions à l'avant-garde.

Le Comité est constitué d'experts internationaux dans des domaines liés à la gestion de la recherche ou à la santé et la sécurité du travail. Ces experts seront appelés à poser un diagnostic sur les initiatives, les réalisations et les activités mises en œuvre au cours des cinq dernières années. Pour les soutenir dans cette tâche, un rapport d'auto-évaluation leur sera transmis et des rencontres pourront être organisées, à leur demande, avec des représentants de nos instances, de notre personnel et de nos nombreux partenaires et collaborateurs de la recherche et des milieux de travail.

Le rapport final d'évaluation qui devrait être produit au début de l'été 2011, constituera, sans contredit, un outil fort utile pour orienter nos actions au cours des prochaines années.

Nous aurons certainement l'occasion d'en reparler car, pour nos partenaires, et au premier titre pour tous ceux qui utilisent nos résultats de recherche, une telle évaluation par des observateurs de l'externe, est un gage d'amélioration de nos pratiques et de la réussite, à long terme, de notre organisation.

Marie Larue

Santé psychologique - Des solutions pour les milieux de travail

Colloque Santé psychologiquePlusieurs recherches réalisées au cours des dernières années, au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde, ont mis en évidence la progression constante des problèmes de santé psychologique. En plus des conséquences pour les personnes atteintes, ces lésions occasionnent de nombreuses absences du travail qui ont un impact sur les coûts directs et indirects des organisations, et le nombre de demandes d'indemnisation présentées à la CSST et aux régimes d'assurance-salaire des entreprises. Une étude récente évalue à plus de $ 50 milliards les pertes de productivité pour l'économie canadienne.

Les problèmes de santé psychologique au travail constituent donc un véritable enjeu de société qui préoccupe travailleurs, employeurs, assureurs, médecins, intervenants et chercheurs. L'IRSST fait sa part dans la recherche de solutions en soutenant les chercheurs qui s'intéressent aux déterminants de la santé psychologique liés au travail.

Le 3 novembre prochain, l'IRSST tient son colloque institutionnel sous le thème : Santé psychologique : des solutions pour mieux intervenir dans les milieux de travail. Des experts y exposeront les résultats de leurs recherches sur le sujet et les solutions qu'ils proposent. Plus encore, des représentants des milieux de travail qui ont mis en application ces solutions partageront leur expertise sur la façon de les implanter, et ce, de la prévention jusqu'au retour au travail. Ce colloque constitue une occasion parfaite pour les scientifiques et ceux qui utilisent leurs travaux de partager leurs connaissances, d'en apprendre davantage sur les besoins, les attentes et les réalisations de chacun.

Au sein de la liste des publications de l'Institut des dernières années, une vingtaine de titres concerne la santé psychologique. Parmi eux, des guides de diagnostic, d'évaluation, de prévention, de formation, des publications qui abordent les thèmes de la violence dans les organisations, du sens au travail, des pratiques de gestion, de l'organisation, de l'engagement, etc. En santé psychologique comme en d'autres domaines, il faut encore accroître les connaissances théoriques et, parallèlement, proposer des solutions pratiques. Nous y travaillons.

Nous sommes heureux d'accueillir les participants au colloque du 3 novembre. Ils pourront recueillir l'information la plus récente sur le sujet et échanger avec les chercheurs.

Le sujet vous intéresse ? Vous trouverez de l'information sur le colloque à l'adresse suivante : www.irsst.qc.ca/fr/sante-psychologique.html

L'accès au savoir

 L'IRSST a adopté, au début de l'été, une politique de libre accès à la documentation scientifique. En ce sens, nous nous engageons dans un courant mondial qui prône l'accessibilité au plus grand nombre, la gratuité pour le lecteur et la pérennité de l'accessibilité aux connaissances. Concrètement, cela signifie que nous encourageons le personnel scientifique et les chercheurs dont nous finançons les travaux à conserver les droits d'auteur des articles qu'ils publient dans des revues savantes afin qu'ils puissent être archivés sur notre site Web ou dans des bases de données prévues à cet effet.

Depuis avril 2009, nous encouragions le personnel de recherche à adhérer, sur une base volontaire, à ce mouvement qui mobilise les scientifiques du monde entier et favorise une plus large diffusion des articles publiés dans les revues savantes. L'adoption d'une politique officielle en ce sens répond à l'un des énoncés de la mission de l'IRSST qui stipule qu'il doit assurer la diffusion des connaissances et jouer un rôle de référence scientifique.

Pour l'Institut et pour les chercheurs, le Libre accès, mieux connu sous le terme Open Access, a de nombreux avantages. Il permet de maximiser la visibilité, et donc la pénétration et l'utilisation, des produits de la recherche. Le Libre accès assure la disponibilité immédiate, en ligne et gratuite des produits de la recherche sans aucune des restrictions d'utilisation imposées habituellement par les conventions des éditeurs en matière de droits d'auteur.

En favorisant le Libre accès, l'Institut se joint à un nombre grandissant d'organismes canadiens de recherche, dont les IRSC et le FRSQ, qui favorisent un accès universel, gratuit et rapide aux connaissances issues de la recherche scientifique.  

L'Institut étend ainsi l'éventail des produits qu'il offre à ses partenaires des milieux de travail et scientifiques. Sur son site Web, les articles scientifiques s'ajoutent aux rapports, aux guides, aux fiches techniques, issus des travaux de recherche, offrant un autre niveau d'information.

Des articles scientifiques libres de droit sont actuellement disponibles sur notre site Web. D'autres seront ajoutés graduellement au fil des disponibilités.

 

Bonne lecture.

 

 

 

En santé et en sécurité sur les chantiers de construction

Au début du mois d'août, la CSST lançait pour une 13e année consécutive, son Plan d'action pour le secteur de la construction, auquel collaborent les associations patronales et syndicales. Cette année, quatre grandes cibles sont visées : les risques pour la santé (amiante et silice), les chutes de hauteur, les effondrements (tranchée, excavation, échafaudage) et les risques d'origine électrique. Par son Plan d'action, la CSST espère favoriser une meilleure prise en charge de la prévention par les employeurs et les travailleurs. 

Bien sûr, l'IRSST soutient le Plan d'action de la CSST et ses efforts pour réduire le nombre d'accidents et de maladies liées à certains risques du secteur de la construction. Il y contribue d'ailleurs depuis sa création, il y a 30 ans, puisque la sécurité des monteurs de lignes, des charpentiers-menuisiers et des travailleurs affectés au coffrage figure parmi les préoccupations des toutes premières recherches qu'il a menées. Au fil des ans, des recherches sur les câbles de secours horizontaux, les garde-corps, les échafaudages, les étançonnements et les blindages d'excavations, l'amiante, et de façon plus large, l'analyse des scénarios d'accidents, les portraits statistiques, les maux de dos et la réadaptation ont porté leurs fruits. Jusqu'à aujourd'hui, l'IRSST a publié une quarantaine de rapports de recherche qui concernent les travailleurs de la construction. Les travaux sur les tranchées, la silice et les grues utilisées sur les chantiers, notamment, se poursuivent. Les métiers, les techniques, les outils, les équipements et les situations de travail de ce secteur sont variés et en constante transformation, ils appellent toujours de nouvelles connaissances en SST. 

Au Québec, le secteur de la construction compte près de 200 000 travailleurs, soit un travailleur sur 20, et 23 000 employeurs. Depuis dix ans, le nombre d'heures travaillées a augmenté de 85 % sur les chantiers, tandis que le nombre de lésions professionnelles n'a augmenté que de 8 %. Les recherches menées par l'IRSST, on peut le présumer, ont contribué à cette amélioration. Mais il y a encore à faire, nous sommes et serons de la partie.

Marie Larue

 

Pas de répit pour la SST

Été caniculaire, conseils pour prévenir les coups de chaleur, décès causé par la vitesse excessive près d'un chantier routier, travailleur écrasé par un chariot élévateur, mécanicien tué par un pneu qui explose, pompier sérieusement blessé en combattant un incendie, publication de rapports d'enquête d'accidents, etc. En jetant un œil sur l'actualité, on constate facilement qu'il n'y a pas de répit en santé et en sécurité du travail, même si c'est l'été, puisque ces quelques événements sont tous survenus en juillet.

Malgré le lot de mauvaises nouvelles et de leurs tristes conséquences, il y a des employeurs et des travailleurs qui se prennent en charge et appliquent des programmes de prévention. J'oserais dire qu'il y en a de plus en plus.

Il suffit de relire l'article du magazine Prévention au travail, édition été 2010, dans lequel on parle des deux pionniers du paritarisme en SST, Ghislain Dufour, ex-président du Conseil du patronat et feu Louis Laberge, ex-président de la FTQ qui ont longtemps siégé au conseil d'administration de la CSST et de l'IRSST et à qui on remettait un Prix hommage. Parlant de la situation qui prévalait en 1980, M. Laberge disait alors que « les maladies professionnelles n'étaient pas encore reconnues, et ni les employés ni les employeurs ne se souciaient de santé et de sécurité ». En trente ans, la situation dans les milieux de travail a donc évolué.

Alors, souhaitons que la SST demeure un sujet d'actualité, mais pour de bonnes raisons, et pas seulement pour nous rapporter les nouvelles relatives aux accidents qui surviennent encore.

Entretemps, n'oubliez pas que la prévention n'est jamais en vacances...!

Bon été.

 

Marie Larue

La recherche, est-ce concret ?
L'avancement des connaissances en santé et en sécurité du travail (SST) donne-t-il lieu à des réalisations concrètes pouvant être utiles aux milieux de travail ? Cette question revient ponctuellement et pas seulement dans le monde de la recherche en SST. Chaque fois qu'on me la pose, je réponds toujours que le transfert des connaissances (TC) est une priorité organisationnelle. De ce fait, le TC et la valorisation du savoir sont intégrés systématiquement à chaque projet de recherche. Ces activités donnent parfois lieu à la production de guides, de fiches techniques ou d'utilitaires. Certains ont un caractère plus officiel. Ainsi, que ce soit pour l'application de méthodes ou l'établissement de valeurs d'exposition, le Règlement sur la santé et la sécurité du travail fait référence à trois guides élaborés par l'IRSST. Il s'agit du Guide d'échantillonnage des contaminants de l'air en milieu de travail, le Guide des appareils de protection respiratoire utilisés au Québec et le Guide d'ajustement des valeurs d'exposition admissibles pour les horaires de travail non-conventionnels. Dans le cas de ce dernier, il est cité en référence depuis 2004 dans le TLV Book de l'American Conference of Gouvernmental Industrial Hygienists (ACGIH) qui est un peu la bible de la plupart des hygiénistes intéressés aux valeurs limites d'exposition ou aux indices biologiques d'exposition.

D'autres, en plus de leur utilité, ont contribué à la notoriété de l'IRSST à l'extérieur du Québec. Citons notamment le Guide de bonnes pratiques favorisant la gestion des risques reliés aux nanoparticules de synthèse qui a même été traduit en japonais par nos collègues du centre de recherche JNIOSH, l'utilitaire Mixie sur les interactions toxicologiques qui a été adapté à la réalité tchèque ou encore le logiciel Doc-Quais qui permet d'évaluer le niveau de sécurité des quais de transbordement et qui a été traduit par les Belges.

Pour découvrir l'ensemble des guides, fiches et utilitaires qui découlent de résultats de recherche, dont notre plus récent Guide sur la sélection des gants de protection, je vous invite à visiter le site de l'IRSST.  Chose certaine, ces outils sont très utiles aux intervenants en SST et le personnel scientifique de l'Institut en produira d'autres.

 

Bonnes découvertes.

 

Marie Larue

Intégration et développement durable

Forum économique internationalLe 16e Forum économique international des Amériques se tenait à Montréal au début juin. À cette occasion, je participais à une table ronde dont le thème était : Intégration et responsabilité sociale des entreprises. Organisé en collaboration avec la Fondation Agir Contre l'Exclusion (FACE), cet événement s'inspirait de la philosophie du développement durable, principe auquel l'IRSST adhère et qui s'inscrit tout à fait dans sa mission. En SST, la capacité d'intégration du personnel au sein d'une entreprise est une clé de succès du développement durable.

De nombreux sujets ont été couverts. Mes principales préoccupations découlaient des mutations du monde du travail et des enjeux de prévention en SST dans les entreprises.  Le contexte de ces mutations englobait :

  • le vieillissement de la main-d'œuvre, phénomène qui sera plus marqué au Québec que dans la plupart des pays industrialisés;
  • l'intégration des jeunes travailleurs, qui ne se fait pas sans difficultés;
  • la migration de la main-d'œuvre vers les activités tertiaires;
  • l'arrivée des travailleurs immigrants provenant de divers horizons;
  • les pénuries de main-d'œuvre et de compétences dans certains secteurs.

Pour illustrer ce dernier point, j'ai donné l'exemple du secteur minier qui doit relever de nombreux défis au plan de l'attraction, de la rétention de la main-d'œuvre et de sa préparation à affronter la réalité du travail. D'une part, les jeunes sont peu préparés, tandis que les travailleurs provenant d'autres industries éprouvent des difficultés d'intégration. Étant donné que de nombreux travailleurs expérimentés prendront leur retraite au cours des prochaines années, les entreprises anticipent une perte d'expertise substantielle, incluant les savoir-faire de prudence de métier, ce qui laisse présager un accroissement des risques de lésions professionnelles.

En matière de prévention, les enjeux qui me semblent incontournables se présentent sous quatre axes :

  1. l'intégration d'une stratégie globale de prévention;
  2. la capacité de prendre des décisions dans un contexte d'incertitude, notamment en matière de prévention des atteintes psychologiques et musculo-squelettiques;
  3. l'accroissement des efforts consacrés à la prévention primaire des cancers professionnels;
  4. la prise en considération des besoins particuliers des PME.

Quoi qu'il en soit, de façon générale, pour prévenir l'exclusion sociale en SST, il faut s'assurer que le capital humain soit en santé et lui offrir un contexte dans lequel l'exercice des rôles et des responsabilités est sécuritaire.

 

Marie Larue

 

  

 

À la mémoire des travailleurs décédés
Dans tout le Canada, le 28 avril de chaque année est désigné comme « Jour de compassion pour les personnes tuées ou blessées au travail ». C'est ce qu'édicte une loi adoptée, en décembre 1990, par la Chambre des communes en mémoire aux victimes de lésions professionnelles. Ce jour de deuil national est l'occasion de se souvenir des travailleurs qui ont perdu la vie à la suite d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle. En 2009, uniquement au Québec, ils étaient 185 à perdre la vie. Le personnel de l'IRSST tient à leur rendre hommage et à exprimer de la compassion à l'égard des familles et des collègues des travailleurs décédés.

Ailleurs dans le monde, plusieurs pays et organismes, dont l'Organisation internationale du travail, ont fait du 28 avril la journée mondiale de la santé et de la sécurité au travail. Cette année, l'OIT a choisi pour thématique les risques émergents et les nouveaux modèles de prévention dans un monde du travail en évolution. Ces thèmes soulèvent l'intérêt non seulement des associations patronales, syndicales et des intervenants en SST, mais aussi du monde de la recherche. D'ailleurs, la réalisation de la mission de l'IRSST repose largement sur sa capacité d'adaptation aux nouvelles réalités du monde du travail qui est en perpétuel changement. C'est pour faire face à ce défi que l'Institut s'est notamment doté d'un Service de veille scientifique pour voir venir les problématiques en émergence. Les blogues de veille scientifique sont d'ailleurs une excellente source d'information pour toutes les personnes intéressées par la recherche en SST. Car si on ne peut que déplorer les morts du passé, nous pouvons ensemble améliorer les conditions de SST de demain afin que ce bilan des lésions professionnelles soit collectivement et individuellement moins lourd à supporter.

Ce défi, tous les intervenants doivent le relever : le monde de la recherche en élaborant des nouvelles connaissances ; les employeurs et les travailleurs en multipliant les efforts de prévention.

 

Marie Larue

 

NB : L'image est la copie d'une épinglette conçue par le Conseil canadien d'hygiène et de sécurité au travail.

Agir ensemble contre les cancers professionnels

Depuis quelques années, les indicateurs de lésions professionnelles démontrent un changement important.  Il y a maintenant davantage de mortalités causées par les maladies professionnelles que par les accidents du travail. Cette situation nous interpelle tous car les expositions d'aujourd'hui peuvent être à l'origine des maladies professionnelles demain. Il faut agir. D'ailleurs, l'Institut déploie des efforts afin d'apporter sa contribution, par la recherche, à la prévention des cancers professionnels.

Un cancer est dit « professionnel » s'il est la conséquence directe de l'exposition d'un travailleur à un risque physique ou chimique. Des facteurs environnementaux et personnels doivent également être pris en compte. Il est donc difficile d'évaluer avec précision la part attribuable aux facteurs professionnels. Toutefois, il est estimé qu'entre 4 et 8,5 % des cas de cancers seraient d'origine professionnelle. Selon certaines études, leur nombre serait sous-évalué en raison d'une longue période de latence et de la difficulté à établir un lien de causalité avec l'exposition au travail. 

Au cours de son exercice triennal 2009-2011, l'IRSST entend préciser son orientation en matière de recherche sur les cancers professionnels. Ce type de maladie professionnelle doit être considéré sous tous ses angles et, dans la recherche de meilleurs moyens de prévention, tous les acteurs concernés doivent unir leurs efforts. L'IRSST y prend part notamment en réalisant des bilans de connaissances, en effectuant des recherches sur des façons de modifier des procédés, de substituer des produits- ou encore pour améliorer les moyens de protection collective et individuelle lorsque l'élimination à la source est impossible. De plus, nous avons amorcé une réflexion sur les expositions mixtes et sur les liens entre le cancer et l'environnement.  

Chose certaine, que ce soit au Québec où ailleurs dans le monde, la prévention des cancers professionnels est à l'ordre du jour.

Nous en reparlerons sûrement. À bientôt.

Marie Larue

La recherche, l'analyse, mais aussi l'expertise

Ceux qui suivent les activités de l'IRSST connaissent nos recherches et les services de laboratoire que nous offrons, puisque nous en traitons régulièrement sur notre site Web, dans le magazine Prévention au travail, dans le bulletin électronique Info-IRSST. Un autre volet de notre mission est peut-être moins connu, mais fait partie intégrante de nos activités. Il s'agit des services d'expertise qui consistent à fournir une réponse scientifique à une question pointue dans un domaine où les connaissances sont difficiles à maîtriser ou à interpréter. Ces questions doivent nécessiter une demi-journée ou plus de recherche ou d'efforts pour être considérées et comptabilisées comme étant une demande d'expertise. Ces demandes, qui nous sont acheminées par nos partenaires, peuvent donner lieu à des essais en laboratoire, du soutien méthodologique, des expertises sur le terrain ou encore des évaluations scientifiques. Elles sont de nature très variée et ont généralement la complexité comme caractéristique. 

Ainsi, au cours des quatre dernières années, l'IRSST a considéré près de 450 demandes d'expertise provenant de l'externe. C'est le champ Substances chimiques et agents biologiques qui en a reçu le plus grand nombre. Suivent, dans l'ordre, Sécurité des outils, des machines et des procédés industriels, Troubles musculo-squelettiques, Bruit et vibrations, Équipements de protection, Réadaptation au travail et Contexte de travail et SST.  

Pour nous, ces demandes d'expertise constituent de bons indicateurs des besoins en matière de recherche en santé et en sécurité du travail.  

La réalisation de ce volet de notre mission nous permet de mettre en valeur l'expertise de notre personnel technique et scientifique, tout en soutenant nos partenaires du réseau de la SST.  Notre personnel est heureux d'offrir ce service à la CSST, aux associations sectorielles paritaires, aux agences de la santé et des services sociaux, aux associations patronales et syndicales et, à l'occasion, à des entreprises lorsque l'expertise n'est pas disponible autrement.

 

 

 

Un prix remis par l'IRSST

M. Jacek MlynarekDepuis quelques années, le nom de l'IRSST est associé à l'attribution du Prix Bâtisseur lors du Gala des Prix Innovation de l'Association de la recherche industrielle du Québec (ADRIQ). Cette année, j'ai eu l'honneur de remettre ce prix à M. Jacek Mlynarek, PDG du Groupe CTT.  Reconnu comme un centre d'excellence axé sur l'économie du savoir, le Groupe CTT joue un rôle de premier plan dans le développement des entreprises textiles. M. Mlynarek est bien connu à l'IRSST puisqu'il est considéré comme un partenaire fidèle du champ de recherche Équipements de protection dont une des orientations consiste à évaluer leur résistance aux agresseurs mécaniques, physiques et chimiques.

À compter de l'an prochain, l'IRSST attribuera un tout nouveau prix lors du Gala de l'ADRIQ. Un prix fait sur mesure pour l'IRSST puisque, cette fois, il sera entièrement dédié à la santé et la sécurité du travail. Il viendra reconnaître une entreprise ou une organisation ayant joué un rôle en recherche industrielle et qui a innové en éliminant à la source ou en réduisant de façon manifeste les dangers pour la santé, la sécurité et l'intégrité physique des travailleurs lors de la conception d'un nouveau produit, procédé, équipement, machine, outil ou système. Ainsi, nous pourrons souligner l'impact positif et le caractère durable pour une organisation d'intégrer la prévention dans ses projets d'innovation, et ce, dès la phase de conception. Il va de soi que l'utilisation des connaissances scientifiques issues de recherche figurera parmi les critères de sélection.

D'ailleurs, ce prix SST se démarquera des autres prix de l'ADRIQ. Plutôt que de créer un prix à part, un élément SST sera ajouté aux critères des  six prix corporatifs auxquels doivent se conformer les participants. Des points étant attribués au critère SST, les entreprises devront donc tenir compte de cet aspect. Le prix SST sera attribué à l'organisation ayant démontré une préoccupation marquée à l'égard des facteurs de SST dans la conception et la réalisation de son projet peu importe dans quelle catégorie il sera soumis. Ainsi, la notion de SST sera intégrée à tous les prix de l'ADRIQ afin que celle-ci soit perçue comme une notion que l'on associe à tout projet innovant.

C'est dans le contexte du 30e anniversaire de l'IRSST que nous attribuerons l'an prochain, en partenariat avec l'ADRIQ, ce Prix SST. Pour nous,  c'est une façon de valoriser le développement des connaissances en SST et de reconnaître les entreprises qui les utilisent pour mieux prévenir les lésions professionnelles.

En 2010, serez-vous au rendez-vous ?

 

Marie Larue

 

 

Envoyé: 2009-12-02 13:39 par Marie Larue | avec aucun commentaire
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Pour que rien nous échappe

 Dès la création de l'IRSST, la diffusion des connaissances est rapidement apparue comme un élément important de sa mission. Non seulement les administrateurs de l'époque demandaient que les activités de recherche soient orientées vers la solution de problèmes concrets, mais ils avaient aussi comme préoccupation que les résultats de recherche soient disséminés auprès du monde du travail.

Ainsi, au cours des 30 dernières années, l'Institut a pris plusieurs actions pour favoriser la diffusion, la valorisation, le transfert des connaissances afin que les intervenants en SST se les approprient.

Une initiative d'un autre genre vient d'être lancée comme complément au site Web. Depuis 1998, celui-ci mettait à la disposition des internautes l'essentiel de nos résultats de recherche sous forme de rapports, de guides, de fiches techniques ou d'utilitaires.  À cette information utile viennent de s'ajouter neuf blogues thématiques qui ont été lancés récemment. Fruit des efforts du Service de veille, ces blogues répertorient des informations à caractère scientifique fort utiles pour le monde de la recherche, mais aussi pour les intervenants friands des plus récents développements de connaissances. Chaque jour, nos agents de veille colligent de l'information provenant notamment de la surveillance quotidienne de plus de 650 pages Web traitant de SST.

Couvrant nos sept champs de recherche, plus la SST en général et les statistiques, ces blogues constituent un excellent moyen d'être informé sur les plus récents développements de connaissance, sur les problématiques en émergence, etc.

L'IRSST rend ainsi accessible à tous une information de qualité que vous aurez plaisir à découvrir. Ces blogues favorisent l'accès au savoir et le partage des connaissances. C'est en pensant à vous que nous avons pris cette initiative.   

Je vous invite à les visiter, à vous y abonner et à nous faire part de vos commentaires.

 

Concilier travail et études

Dans une lettre publiée récemment dans La Presse, une enseignante et mère de famille posait une question pertinente en ce mois de rentrée scolaire : Comment réussir ses cours au cégep tout en travaillant 25 heures par semaine ? Cette lettre et les réactions qu'elle a suscitées focalisaient sur les conséquences de la conciliation travail et études alors que plusieurs s'interrogeaient sur les effets de ce cumul sur le décrochage ou la réussite scolaire. Cette façon d'aborder le problème présente une facette de la réalité, mais ce cumul a aussi des incidences sur la santé et la sécurité de ces jeunes travailleurs toujours aux études. Financée par l'IRSST et le ministère de l'Éducation et réalisée en collaboration avec ÉCOBES, une étude exploratoire titrée Étudier et travailler en région à 18 ans : Quels sont les risques de SST ? a permis de décrire les conditions de travail et d'emploi des jeunes, de caractériser les risques qu'ils courent, ainsi que les conséquences qui en découlent.  

D'abord, disons que le cumul études-travail est bien réel. Les jeunes de 17 ans ayant participé à cette recherche consacraient en moyenne 44 heures par semaine au travail et aux études ; ceux de 18 ans y investissaient 48 heures. Même si la moyenne s'établit à 14 heures par semaine, certains travaillent beaucoup plus longtemps. Par ailleurs, 59 % des jeunes étudiants ayant un emploi indiquaient ne prendre qu'une journée ou moins de congé par semaine. Or, les chercheurs avancent que cette situation prédispose les jeunes à développer des symptômes reconnus comme étant des facteurs prédictifs de lésions professionnelles, dont la fatigue, mais aussi à abandonner leurs études. La combinaison des effets de ce cumul et du peu de temps consacré au repos peut faire en sorte que le sommeil des jeunes est insuffisant. Ces facteurs expliqueraient en partie que les jeunes travailleurs de 15 à 24 ans se blessent davantage que leurs collègues plus âgés, qui eux, travaillent en moyenne plus d'heures. Ce constat avait d'ailleurs amené l'IRSST à mettre sur pied l'Opération JeuneSST, en 2004. 

En conclusion, je dirais qu'il faut regarder par les deux bouts de la lorgnette... car la conciliation travail-études a des effets autant sur la scolarité que sur la santé et la sécurité des jeunes. D'autres recherches sont en cours pour mieux comprendre pourquoi ces jeunes courent un risque accru de subir des lésions professionnelles. Chose certaine, les conséquences de ce cumul alimenteront assurément le colloque du 22 octobre prochain, Les jeunes et la SST dans une société en mouvement, que l'IRSST organise en collaboration avec la Direction Action Jeunesse de la CSST, car il semble évident que les jeunes étudiants-travailleurs constituent un groupe à risque de fatigue excessive.

Au plaisir de vous y croiser.

 

 

Que nous réserve l'avenir?

Ici comme ailleurs, les centres de recherche en SST s'interrogent afin de déterminer quels sont les risques émergents, résurgents et ceux qui iront en croissance au cours de la prochaine décade. Le National Research Centre for the Working Environment du Danemark (NRCWE) se livrera à un tel exercice, en septembre prochain, en vue d'établir ses stratégies de recherche 2010-2020.

Pour ce faire, les Danois utilisent des moyens semblables à ceux pris par l'IRSST l'an dernier. En vue de compléter et valider l'information dont il dispose, le NRCWE convie à un séminaire international les membres du Partnership for European Research in Occupational Safety and Health (PEROSH) qui regroupe une douzaine de centres de recherche européens. Pour élargir le spectre et avoir une vision nord-américaine des problématiques en émergence, le NRCWE a également invité le NIOSH des États-Unis et l'IRSST.

En 2008, l'IRSST avait lui aussi organisé un colloque sur les grands enjeux de la recherche en SST auquel participaient des chercheurs, des partenaires et des représentants de l'Observatoire des risques de l'Agence européenne pour la SST, du groupe Horizon Scanning du Health and Safety Laboratory du Royaume-Uni et du Bureau de coordination du National Occupational Research Agenda du NIOSH. C'est de cette façon que nous avons complété notre programmation triennale de recherche 2009-2011. Pour ce faire, l'Institut s'appuyait également sur des éléments de prospective établis par le Service de veille scientifique et le Groupe surveillance et connaissance statistiques ; deux unités dont l'IRSST avait annoncé la mise en place dans son plan stratégique 2006-2010. À Copenhague, les experts invités doivent présenter les cinq plus importants défis auxquels ils croient que leur pays fera face au cours des 5 à 10 prochaines années. Pour sa part, l'IRSST a choisi d'exposer les thématiques suivantes :

• Le vieillissement de la main-d'œuvre ;

• Les cancers professionnels ;

• La santé psychologique ;

• L'impact des facteurs biopsychosociaux sur le retour au travail ;

• L'impact des changements climatiques sur la SST.

Il y a évidemment des avantages pour l'IRSST à participer à ce genre de rencontres internationales. Elles nous permettent non seulement de faire valoir les réalisations des chercheurs québécois, mais aussi de nouer de solides liens, de conclure des partenariats et d'obtenir des informations utiles que nous n'aurions pas autrement ou du moins pas aussi facilement. Au séminaire de Copenhague, chaque pays représenté exposera ses grands enjeux des prochaines années. Le Québec pourra ainsi comparer sa feuille de route à celles des autres pays industrialisés.

Et vous ? À quels grands défis votre milieu sera-t-il confronté au cours des prochaines années ?

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