La toxicologie d'aujourd'hui

En autorisant la publication de la 7e édition du Guide de surveillance biologique de l'exposition des travailleurs à des contaminants chimiques, je ne pouvais faire autrement que constater tout le chemin que nous avons parcouru en matière de toxicologie industrielle.  En fait, nous avons accompli des progrès vraiment remarquables depuis les années 60, alors que la toxicologie consistait essentiellement à étudier la pollution atmosphérique et les pesticides. Le champ des maladies professionnelles n'était pas vraiment investi sous l'angle de la prévention. Évidemment, les professionnels de la santé traitaient les cas d'amiantose, de saturnisme ou d'hydrargie lorsqu'ils étaient déclarés, mais il faudra attendre les années 70 avant que le Centre de toxicologie du Québec, sous l'impulsion du chimiste Jean-Yves Savoie qui deviendra le père fondateur des laboratoires de l'IRSST, propose un projet de surveillance biologique de l'exposition (SBE) des travailleurs à des contaminants chimiques. Plusieurs avancées scientifiques feront alors progresser la toxicologie industrielle, notamment grâce aux travaux du professeur Jules Brodeur de l'Université de Montréal, qui deviendra le directeur de l'une des premières équipes de chercheurs associés de l'IRSST.

Au début des années 80,  des méthodes seront élaborées au Québec pour permettre d'évaluer le niveau d'exposition en analysant la concentration de contaminants dans le sang, l'urine ou l'air expiré des travailleurs. En 1987, l'IRSST publiera son premier guide de surveillance biologique qui, à l'époque, est vu comme un élément essentiel à une stratégie d'évaluation globale du risque pour la santé des travailleurs. Ce guide contient toute l'information utile aux professionnels de la santé pour prélever des échantillons de qualité et interpréter correctement les résultats d'analyse.

Les toxicologues ne sont pas au bout de leur peine. Les personnes, les contaminants, les tâches d'un travailleur ont tous des caractéristiques qui leur sont propres. Ces caractéristiques peuvent causer des variations importantes dans les résultats mesurés pour des travailleurs pourtant exposés aux mêmes contaminants pendant la même durée. Les chercheurs s'attèlent à quantifier cette variabilité et à l'associer à des indicateurs biologiques. Au fil des avancées scientifiques, la variabilité biologique sera intégrée et prise en compte dans le Guide, ce qui constituera un autre pas vers une meilleure interprétation des données de surveillance biologique. La science s'attardera ensuite aux expositions à de multiples contaminants, aux interactions toxicologiques, aux vapeurs absorbées sur des poussières, aux relations entre les niveaux d'exposition et les effets sur la santé, etc. Avec le recul, on constate l'évolution marquée de la toxicologie industrielle et les progrès qui ont accompagné l'avancement des connaissances.

La publication de la 7e édition du Guide de SBE est un moment approprié pour saluer le travail des toxicologues, des chimistes, des techniciens et techniciennes de laboratoire du Québec qui ont contribué à ce que nous puissions obtenir une meilleure évaluation de l'exposition pulmonaire, cutanée ou digestive des travailleurs et des risques pour leur santé. L'élaboration d'un tel guide est un autre bel exemple de l'utilité de la recherche pour les intervenants en santé et en sécurité du travail.  

Marie Larue

Pensons aussi aux maladies

http://www.cchst.ca/events/mourning/Qu'on parle d'un jour commémoratif, d'un jour de compassion, d'un jour de deuil national  ou d'une journée mondiale de santé et de sécurité au travail, le 28 avril de chaque année nous rappelle une triste réalité. Il y a des travailleurs - trop de travailleurs - qui meurent et qui se blessent en gagnant leur vie. Le 28 avril est l'occasion de se remémorer et de commémorer les victimes et de saluer leurs familles. C'est aussi une journée qui favorise la réflexion et l'action en matière de SST. En nous souvenant du collègue, de l'ami ou d'un parent qui a été victime d'une lésion professionnelle, demandons-nous si, dans chacun de nos environnements, nous pouvons poser un geste concret pour éliminer à la source un danger ou réduire les risques de lésions professionnelles. N'attendons pas le prochain accident. Pensons-y dès maintenant.

Intervenir en misant sur la prévention dans nos milieux de travail est encore la façon la plus concrète d'exprimer sa compassion et de souligner la journée du 28 avril. Agir pour prévenir constitue le meilleur plaidoyer en faveur de la santé et de la sécurité du travail. Pendant que l'Assemblée nationale débat du projet de loi  60 visant la modernisation du régime de santé et de sécurité du travail – projet qui élargira la portée de l'application des mécanismes de prévention à un plus grand nombre d'établissements – regardons ce que nous, travailleurs et employeurs, pouvons faire pour rendre plus salubres et sécuritaires nos milieux de travail.

Et si vous êtes à la recherche de données probantes, je vous rappelle que l'IRSST met à la disposition des préventeurs et des comités de santé et sécurité des centaines de guides, fiches, rapports dont les contenus vous aideront dans votre mission de prévention. En ce jour commémoratif du 28 avril, je me joins à tous les travailleurs et les employeurs du Québec pour dire, oui, malheureusement les accidents existent, mais nous refusons de baisser les bras en disant qu'ils sont causés par un fâcheux concours de circonstances. La fatalité ne provoque pas d'accidents. Ceux-ci surviennent de façon imprévue et immédiate et ne doivent pas nous faire oublier les maladies professionnelles qui, elles, peuvent avoir de longues périodes de latence. Ensemble, prévenons-les si nous ne voulons pas que demain ressemble à aujourd'hui.

 

 

Qu'est ce que ça donne?

Chaque jour, ici et ailleurs, la recherche contribue à l'avancement des connaissances. Des données probantes s'ajoutent pour soutenir l'implantation de nouveaux programmes, améliorer des processus ou des équipements, prévenir les lésions par la réduction des risques et l'élimination des dangers ou encore pour faciliter le retour au travail d'une personne accidentée. Chercheurs, préventeurs, membres de comités de santé et de sécurité s'investissent journellement dans la mission de prévention. Tous visent un seul objectif : améliorer leur bilan des lésions professionnelles. Une fois le travail de prévention accompli vient le temps d'évaluer les démarches entreprises à la lumière des résultats obtenus. Il peut s'agir d'apprécier le transfert des connaissances, l'appropriation des résultats par les milieux, les modifications apportées à des machines, à des processus ou à l'organisation du travail ou encore l'impact d'un programme de formation ou de prévention.

En recherche comme ailleurs les administrateurs veulent savoir si l'investissement donne des résultats. Et c'est normal. Or, il appert que le domaine de l'évaluation est un monde complexe. S'il est facile, somme toute, de déterminer si une entreprise a amélioré son bilan par une baisse du nombre d'accidents et une réduction du nombre de jours de travail perdus en raison des lésions professionnelles, il devient moins évident de mesurer, en leur attribuant une valeur respective, la contribution des activités de chacun dans le résultat final. À titre d'exemples, l'IRSST a acquis au fil des ans une solide réputation en matière d'évaluation de divers produits et équipements. Grâce à son expertise, l'Institut a notamment mesuré l'efficacité de protecteurs auditifs de types de casques aux bruits impulsionnels d'armes à feu, de gants destinés à réduire l'exposition aux vibrations mains-bras, de détecteurs personnels de monoxyde de carbone ou encore la validité d'instruments utilisés pour le diagnostic de lombalgies. Parfois, nous avons réalisé des évaluations de grande envergure, comme celle sur l'impact d'un abaissement des valeurs d'exposition admissibles pour le formaldéhyde qui a donné lieu à la publication d'un rapport et de plusieurs annexes. Plus récemment, c'est l'implantation et l'impact du programme Prévicap qui ont fait l'objet d'une évaluation. L'IRSST a également développé des méthodes d'évaluation que ce soit en matière de performance des chaussures de protection contre les scies à chaînes ou encore de mesure des concentrations de monoxyde de carbone dans l'échappement des moteurs diesels.

C'est donc que l'expertise et les méthodes évaluatives existent et qu'il est possible d'apprécier, sur les bases de données probantes, des programmes en SST, même si les besoins en cette matière sont relativement nouveaux et que les ressources compétentes peu nombreuses. Cela dit, le défi demeure immense s'il s'agit, par exemple, d'évaluer l'impact des activités de recherche de l'IRSST sur le bilan général des lésions professionnelles au Québec. Ce défi soulève l'intérêt non seulement ici au Québec, mais aussi dans la plupart des centres de recherche en SST dans le monde. Au Royaume-Uni, le Health and Safety Executive (HSE) vient de publier à ce sujet une intéressante étude de faisabilité qui démontre qu'il y a loin de la coupe aux lèvres. « It is not feasible, given current evidence and date sources, to demonstrate links between HSE activities as a whole and changes in H&S final outcomes. This is because of the complexity of model specification, empirical and methodological problems and the available data sources not being fit for those purposes », conclut le rapport. Mais, pas possible ne veut pas nécessairement dire impossible… car c'est justement le rôle de la recherche de s'attaquer aux problèmes complexes et de les résoudre. Il ne faut pas baisser les bras. D'ailleurs, le rapport du HSE recommande des pistes de solution, dont la mise en place d'une stratégie d'évaluation systématique.

Sachant que les conséquences d'une évaluation peuvent signifier le maintien, l'élargissement ou carrément l'abandon de programmes, il y a lieu de s'assurer que les méthodes reposent sur quelque chose de solide et de fiable. De plus en plus, les besoins en matière d'évaluation se feront criants, car il est légitime de vouloir savoir ce que ça donne, y compris en recherche.

 

Une nouvelle structure et des voeux

Je dis souvent que ce sont les hommes et les femmes qui font les organisations. Pas les structures. Cela dit, il en faut tout de même ne serait-ce que pour encadrer les diverses fonctions d'une entreprise, faciliter la reddition des comptes et déterminer qui fait quoi et sous l'autorité de quelle personne. Or, le comité d'évaluation externe, qui s'est penché sur l'efficience de l'IRSST, nous a suggéré, dans son rapport, de modifier notre structure organisationnelle matricielle pour clarifier notamment les lignes d'autorité. Pour ce faire, nous avons entre autres remodelé la Direction de la recherche et de l'expertise (DREX) en regroupant ses activités dans trois divisions.

Nous aurons donc une division Prévention des risques chimiques et biologiques, une division Prévention des risques mécaniques et physiques et une division qui, pour le moment, porte le nom de Prévention, environnement et réadaptation au travail. Cette dernière division prendra en charge tout ce qui, dans l'environnement de travail, peut influencer la SST, notamment les troubles musculo-squelettiques. On y étudiera des questions tels le vieillissement de la population, l'arrivée de travailleurs immigrants, les jeunes, la santé psychologique, les variations climatiques, le Plan Nord, etc.

J'ai aussi annoncé au personnel de l'Institut que nous réduisons de sept à quatre le nombre de nos champs de recherche en fusionnant les champs Troubles musculo-squelettiques et Contexte de travail et SST, de même que les champs Bruit et vibrations, Sécurité des machines, des outils et des processus industriels, et Équipements de protection. Les deux autres, soit Substances chimiques et agents biologiques, et Réadaptation au travail demeurent comme ils étaient avant la restructuration. Encore là, en nous concentrant là où nous avons une masse critique et beaucoup d'expertise, nous croyons être en mesure de favoriser le travail interdisciplinaire et aborder les problématiques de façon plus large et multidimensionnelle. Nous dédions ainsi trois champs à la prévention des lésions et un quatrième à la réadaptation des travailleurs et leur retour en emploi.

Mais nouvelle structure ou pas, il faut bien se rendre compte que, malgré tout ce qui est fait en matière de prévention, le nombre absolu de décès attribuables aux accidents de travail et aux maladies professionnelles n'a pas diminué depuis 10 ans. Même si les connaissances ont évolué, les machines, les contaminants, les accidents routiers demeurent des causes importantes de lésions professionnelles. De plus, il ne faudra négliger aucun effort pour mieux prévenir l'apparition des maladies professionnelles qui, depuis quelques années, causent davantage de mortalité que les accidents du travail. À eux seuls, deux contaminants sont à l'origine de la plupart des décès associés aux maladies professionnelles. Là encore, les effets de ces substances sur la santé sont bien documentés, les méthodes d'utilisation sécuritaires existent et, si le danger ne peut être éliminé à la source, les moyens de prévention et les équipements de protection requis sont généralement disponibles. Pourtant, les problèmes liés à l'exposition à des substances chimiques bien connues persistent; ils cohabitent avec d'autres risques : bruit, vibrations, travail répétitif, postures contraignantes, cadence élevée, etc. Encore là, nous devons prévenir aujourd'hui pour éviter que les futures générations de travailleurs ne subissent le même sort.

Si les structures, elles, sont indispensables, les accidents, eux, ne sont pas une fatalité!

Et si j'avais un vœu à formuler pour la Nouvelle Année, je souhaiterais que, tous ensemble, nous puissions faire en sorte de réduire l'écart entre l'avancement des connaissances et les pratiques des milieux de travail en 2012.

Que la Nouvelle Année vous apporte santé, sécurité et prospérité.

 

Attention de ne pas déplacer le problème

De par sa mission, l'IRSST n'a pas à se prononcer sur l'âge de la retraite, ni sur l'autonomie financière des retraités. Ces questions relèvent davantage du politique que du scientifique. L'Institut et son personnel sont cependant soucieux de considérer les particularités liées au vieillissement de la main-d'œuvre dans la perspective où les travailleurs âgés de 55 ans ou plus seront fortement incités, au cours des prochaines années, à demeurer sur le marché du travail quelques années de plus. Ce souci nous a amenés à rencontrer le président de la Commission nationale sur la participation au marché du travail des travailleuses et travailleurs expérimentés de 55 ans ou plus, M. Gilles Demers, et deux membres de son équipe. Sachant que le Québec appréhende une pénurie de main-d'œuvre dont les effets se feront sentir dès 2013, l'IRSST avait tout intérêt à participer à la consultation de la Commission nationale puisque cette problématique aura des conséquences sur la santé et la sécurité des travailleurs.

Marie Larue, Gilles DemersÀ la lecture du rapport, je constate que la Commission a retenu que « l'incidence des accidents du travail est moins élevée chez les travailleurs expérimentés (par contre, en cas d'accident, la période d'absence peut-être plus longue) », et que l'allongement de la période de vie active des travailleurs seniors pourrait nécessiter des ajustements tels que la réduction de l'exposition aux risques afin d'assurer des environnements de travail sains et sécuritaires.  

Lors de cette rencontre, l'Institut avait évoqué, exemples à l'appui, la problématique du vieillissement et ses déterminants. Parmi les facteurs, qui ont été soulevés comme pouvant avoir une influence sur l'âge de la retraite, figurait au premier chef l'organisation du travail. La décrivant comme « l'un des aspects les plus négligés de la gestion des entreprises et des institutions », le rapport de la Commission précise qu'une « bonne organisation du travail permet généralement d'éviter ou de diminuer l'épuisement professionnel, les risques d'accident ou le manque de motivation des employés, ce qui est une condition essentielle à une participation prolongée des travailleurs expérimentés. »

« Si l'on veut que des employés continuent à travailler quelques années de plus, il faut leur offrir un environnement de travail adéquat qui ne les épuise pas prématurément et qui leur procure un certain bien-être », ajoute la Commission. Il y a donc lieu que les employeurs, les travailleurs, les associations patronales et syndicales, les intervenants en SST et les chercheurs aient des « préoccupations tangibles » à l'égard des conditions de travail afin que, comme société voulant conserver un niveau de vie semblable à celui qu'on connaît, nous puissions relever tous ensemble le défi de la rareté de la main-d'œuvre.

Pour sa part, l'IRSST estime que, pour éviter de « déplacer le problème », les solutions qui devront être mises en place ne doivent pas s'appliquer uniquement aux travailleurs âgés, mais à l'ensemble de la main-d'œuvre québécoise, car les jeunes travailleurs d'aujourd'hui seront les travailleurs expérimentés de demain et que, dans certains métiers, on peut devenir « vieux » avant d'avoir 55 ans.

 

Voyons-y dès maintenant

On le sait. Les Québécois constituent, après les Japonais, la deuxième population la plus vieillissante au monde. Les projections de l'Institut de la statistique indiquent que le nombre de Québécois en âge de travailler commencera à diminuer à compter de 2013 et le rythme va s'accélérer. La Commission nationale sur la participation au marché du travail des travailleurs expérimentés de 55 ans et plus, dont le rapport vient d'être publié, nous prévient : en 2030, le Québec comptera environ 200 000 travailleurs de moins qu'en 2013. Cette nouvelle réalité n'est pas sans nous faire réfléchir.

Le paradigme actuel, qui consiste à inciter les travailleurs expérimentés à prendre leur retraite afin dégager des postes pour les plus jeunes, sera inversé. Il faudra alors inciter les travailleurs plus âgés à demeurer actifs un peu plus longtemps sur le marché du travail. Ce qui ne sera pas une mince affaire, lorsque l'on sait, qu'en 2009, l'âge médian de la retraite au Québec se situait en bas de 60 ans (59,9) ; les travailleurs québécois prennent leur retraite 1 an et demi plus tôt que les Canadiens tandis que les travailleuses québécoises quittent le marché du travail deux ans plutôt que les Canadiennes.

Les employeurs devront s'ajuster à cette nouvelle réalité qui n'est pas sans soulever de nouveaux défis, non seulement en matière de gestion prévisionnelle de la main-d'œuvre, mais aussi en santé et en sécurité du travail. La Commission nationale identifie déjà des régions, qui, entre 2008 et 2031, connaîtront de sérieux problèmes de disponibilité de main-d'œuvre. En premier lieu, on cible le Saguenay-Lac-Saint-Jean avec une perte de 51 500 travailleurs, suivi du Bas-Saint-Laurent (33 400 t.), de l'Abitibi-Témiscamingue (21 200 t.) et de la Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine (16 600 t.). Ces régions, qui ont déjà des problèmes de rétention des jeunes travailleurs, devront être en mesure de les inciter à demeurer, en plus d'être capable d'en attirer d'autres dans un marché qui deviendra de plus en plus compétitif. Là encore, le défi est de taille.

Faut donc, sans tarder, se préparer car les difficultés à recruter en cachent d'autres : tensions intergénérationnelles plus perceptibles, intégration d'un plus grand nombre de travailleurs immigrants, augmentation de la charge de travail, recours plus fréquents aux heures supplémentaires, peu de temps pour la formation, etc. Nous pouvons déjà réfléchir à l'impact de ces situations, notamment sur la santé et la sécurité du travail.

Une chose est sûre. Ces changements n'interpellent pas que les employeurs et les travailleurs, qui seront appelés à collaborer comme jamais et à être créatifs. C'est toute la société québécoise qui devra s'atteler à la tâche. Comme le dit la Commission nationale, ces changements démographiques « concernent toutes les générations et la société tout entière. Ils commandent des changements de comportement et des ajustements à plusieurs politiques publiques, qui vont bien au-delà du traitement des travailleurs âgés dans les milieux de travail et des régimes de retraite. Il faut, dans le nouveau contexte démographique du Québec, se préoccuper notamment de la persévérance scolaire, de la qualification de la main-d'œuvre, de la formation continue, de l'organisation du travail, de la santé des travailleurs, de la conciliation entre le travail et la vie personnelle, de l'accueil et de l'intégration économique des immigrants, de l'insertion des chômeurs de longue durée et de l'épargne en prévision de la retraite. En somme, les enjeux associés aux changements démographiques doivent être analysés à la lumière d'une conception plus souple du travail et de la retraite. »

Je m'arrête ici, pour le moment, mais je vous reviendrai sur des éléments de solutions que l'IRSST a proposés à la Commission nationale en matière de SST.

À suivre.

Le développement, oui, mais durable

La santé et la sécurité du travail (SST) s'inscrivent tout naturellement dans la philosophie du développement durable et celle-ci est en parfaite adéquation avec la mission de l'IRSST qui est de contribuer par la recherche à la prévention des lésions professionnelles et à la réadaptation des victimes. D'ailleurs, les trois enjeux sur lesquels repose la stratégie gouvernementale de développement durable se conjuguent parfaitement avec la vision et les principes d'action des intervenants en SST.

auteur ippoippoLe premier enjeu est de développer la connaissance. C'est ce que nous faisons sur une base quotidienne en menant des recherches dans le but d'éliminer à la source ou de réduire les dangers pour la santé et la sécurité des travailleurs. Le deuxième enjeu, qui consiste à promouvoir l'action responsable, épouse très bien l'objectif central de la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST) qui demeure la prise en charge de la prévention par les milieux de travail. Et tous les intervenants en santé et en sécurité du travail conviennent de l'importance du troisième enjeu, qui est de favoriser l'engagement. Là encore, la culture paritaire qui caractérise le monde de la SST exige un engagement tacite des travailleurs et des employeurs ou de leurs représentants respectifs en vue de réaliser un objectif commun.

Le même principe anime le monde de la recherche en SST. Sans engagement, il devient difficile, voire impossible, de favoriser le transfert des connaissances vers les milieux de travail. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'IRSST forme des comités de suivi composés de praticiens dès qu'il amorce un projet. Nous nous assurons ainsi, en réunissant des partenaires, des chercheurs, des représentants patronaux et syndicaux ou d'associations professionnelles, de créer les conditions gagnantes à l'application des résultats de recherche dans les milieux de travail.

Si je vous raconte tout cela, c'est que l'IRSST vient de formaliser son approche en matière de développement durable en concevant un premier plan d'action en cette matière et en le rendant public. Les mesures qu'il contient interpellent tout notre personnel. C'est notre contribution à la préservation et à l'amélioration de la qualité de vie des générations actuelles et futures.

Puisqu'on ne peut empêcher le développement, essayons ensemble de faire en sorte que celui-ci soit durable.

 

NB: Photo: ippoippo - http://www.flickr.com/photos/26202578@N07/

 

 

La prévention au menu du jour... tous les jours!

Au Québec, le gouvernement a édicté, l'an dernier, une loi proclamant que le 28 avril est le jour commémoratif des personnes décédées ou blessées au travail. Une loi semblable existe au Canada depuis 1990. En Europe, le Bureau international du travail a fait du 28 avril une journée mondiale de la santé et de la sécurité du travail. À cette occasion, un peu partout dans le monde, on se remémore pendant 24 heures que des travailleurs et des travailleuses sont victimes de lésions professionnelles.

Loin de moi l'idée de remettre en question la tenue de telles journées commémoratives puisqu'elles peuvent constituer le détonateur de réflexion conduisant à des pistes d'action. Mais la prévention n'est pas une affaire d'une journée; c'est un devoir quotidien. Il n'y a qu'à prendre connaissance du bilan des accidents du travail pour le constater. D'ailleurs, une campagne de publicité de la CSST nous rappelle présentement qu'un travailleur se blesse à toutes les six minutes et qu'un jour sur quatre un Québécois perd la vie au travail. C'est beaucoup. Beaucoup trop.

Il suffit de consulter les statistiques sur les lésions professionnelles pour conclure qu'elles pointent du doigt les mêmes causes. Ainsi, les décès par accident sont causés principalement par les accidents de transports, les contacts avec des objets ou de l'équipement et les chutes. À elles seules, ces trois causes expliquent la très grande majorité des accidents. On arrive à la même conclusion lorsqu'on examine les principales causes des maladies professionnelles puisque l'exposition à deux contaminants bien connus, l'amiante et la silice, explique une très forte proportion des décès causés par des maladies professionnelles. Il ne s'agit donc pas de problèmes émergents liés à de nouvelles technologies ou de nouvelles substances. Ce sont des problèmes récurrents pour lesquels les solutions de prévention existent. Et ce autant pour les maladies que pour les accidents du travail.

Alors, souhaitons que le 28 avril, et tous les autres jours de l'année, la prévention soit à l'agenda de chaque employeur, de chaque travailleur, de toutes les associations patronales, syndicales et professionnelles. C'est seulement de cette façon que nous pourrons, individuellement et collectivement, maîtriser les risques et éliminer à la source les dangers pour la santé, la sécurité et l'intégrité physique des travailleurs. La recherche peut aider, guider, soutenir les intervenants, mais elle ne remplacera jamais la prise en charge par les milieux de travail.

 

Le vieillissement de la main-d'oeuvre

Au Québec, le phénomène du vieillissement de la main-d'œuvre est en forte croissance depuis 10 ans et il le sera encore pour une dizaine d'années. Cette question interpelle la société en général, mais aussi le monde de la recherche, car l'augmentation du nombre de travailleurs âgés de 55 ans ou plus a des conséquences en termes de santé et de sécurité au travail. Le vieillissement engendre un processus de déclin des capacités physiques et affecte notamment les facultés cognitives.

S'il est vrai que les travailleurs plus expérimentés subissent moins d'accidents que les plus jeunes, ils sont par contre plus vulnérables, particulièrement les travailleurs manuels, aux risques de lésion avec atteinte permanente et aux maladies professionnelles. L'IRSST s'intéresse à cette problématique depuis quelques années et il poursuit des actions de sensibilisation auprès des chercheurs pour les inciter à considérer les particularités liées au vieillissement de la main-d'œuvre lors de l'élaboration de nouvelles propositions de recherche. 

Par ailleurs, les travailleurs plus âgés ont acquis, la plupart du temps sur le tas, des habiletés, des compétences et de l'expérience qui favorisent la productivité et la qualité, mais aussi leur santé et leur sécurité au travail. Souvent, les travailleurs avec le plus d'ancienneté accompagnent les plus jeunes et tentent de leur inculquer ces savoirs de métier et de prudence. Même si des études ont démontré que ce type d'apprentissage est influencé par plusieurs facteurs, ce  transfert de connaissances intergénérationnel est quelque chose qu'on doit encourager. Pas étonnant que le premier ministre du Québec ait évoqué cette question dans le discours inaugural de la session parlementaire qu'il a prononcé le 23 février devant l'Assemblée nationale. « Nous allons repenser notre organisation du travail pour que nos jeunes, notamment, bénéficient davantage des conseils de ceux qui ont de l'expérience. Nos aînés sont actifs. Nous avons besoin d'eux. Et nous les voulons en emploi aussi longtemps qu'ils le voudront. Ce sera la conciliation travail-retraite », disait-il.  

Les représentants patronaux et syndicaux doivent favoriser ce transfert intergénérationnel afin que les jeunes travailleurs puissent bénéficier de l'expérience et du savoir-faire des travailleurs plus âgés.  

Quoi qu'il en soit, on ne peut envisager uniquement des solutions s'appliquant aux personnes de 55 ans ou plus. L'IRSST estime qu'il faut aborder la question des âges en pensant au développement de l'individu tout au long de sa vie professionnelle et mettre en œuvre des modalités en matière de conditions de travail et de SST qui s'appliquent aux travailleurs de tous âges.

L’IRSST entre en processus d’évaluation

L'année 2010, marque les 30 ans de l'IRSST. C'est une occasion pour se remémorer les nombreuses réussites et le chemin parcouru lors de cette période.

L'année 2010 est également le temps des bilans puisque nous sommes à préparer l'évaluation institutionnelle dont l'Institut fera l'objet en tout début de 2011. Cet exercice, confié à des experts externes, est une pratique courante dans les organisations qui font de la recherche scientifique. Il s'agit d'une étape importante dans la vie de l'Institut. À la suite de la première évaluation, menée en 2005, plusieurs des recommandations formulées par un comité d'experts ont été appliquées. Ainsi, nous avions alors apporté des ajustements dans nos façons de faire, en accordant notamment plus de place à la transmission des résultats de recherche et aux activités de veille scientifique. En réponse à une autre recommandation du comité, l'IRSST s'était aussi engagé à répéter cet exercice d'évaluation à tous les cinq ans. Nous y sommes.

L'évaluation institutionnelle comporte deux objectifs. Le premier consiste à évaluer notre performance et la pertinence de nos activités scientifiques. Le second vise à proposer des pistes d'amélioration et d'orientations futures pour que nous demeurions à l'avant-garde.

Le Comité est constitué d'experts internationaux dans des domaines liés à la gestion de la recherche ou à la santé et la sécurité du travail. Ces experts seront appelés à poser un diagnostic sur les initiatives, les réalisations et les activités mises en œuvre au cours des cinq dernières années. Pour les soutenir dans cette tâche, un rapport d'auto-évaluation leur sera transmis et des rencontres pourront être organisées, à leur demande, avec des représentants de nos instances, de notre personnel et de nos nombreux partenaires et collaborateurs de la recherche et des milieux de travail.

Le rapport final d'évaluation qui devrait être produit au début de l'été 2011, constituera, sans contredit, un outil fort utile pour orienter nos actions au cours des prochaines années.

Nous aurons certainement l'occasion d'en reparler car, pour nos partenaires, et au premier titre pour tous ceux qui utilisent nos résultats de recherche, une telle évaluation par des observateurs de l'externe, est un gage d'amélioration de nos pratiques et de la réussite, à long terme, de notre organisation.

Marie Larue

Santé psychologique - Des solutions pour les milieux de travail

Colloque Santé psychologiquePlusieurs recherches réalisées au cours des dernières années, au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde, ont mis en évidence la progression constante des problèmes de santé psychologique. En plus des conséquences pour les personnes atteintes, ces lésions occasionnent de nombreuses absences du travail qui ont un impact sur les coûts directs et indirects des organisations, et le nombre de demandes d'indemnisation présentées à la CSST et aux régimes d'assurance-salaire des entreprises. Une étude récente évalue à plus de $ 50 milliards les pertes de productivité pour l'économie canadienne.

Les problèmes de santé psychologique au travail constituent donc un véritable enjeu de société qui préoccupe travailleurs, employeurs, assureurs, médecins, intervenants et chercheurs. L'IRSST fait sa part dans la recherche de solutions en soutenant les chercheurs qui s'intéressent aux déterminants de la santé psychologique liés au travail.

Le 3 novembre prochain, l'IRSST tient son colloque institutionnel sous le thème : Santé psychologique : des solutions pour mieux intervenir dans les milieux de travail. Des experts y exposeront les résultats de leurs recherches sur le sujet et les solutions qu'ils proposent. Plus encore, des représentants des milieux de travail qui ont mis en application ces solutions partageront leur expertise sur la façon de les implanter, et ce, de la prévention jusqu'au retour au travail. Ce colloque constitue une occasion parfaite pour les scientifiques et ceux qui utilisent leurs travaux de partager leurs connaissances, d'en apprendre davantage sur les besoins, les attentes et les réalisations de chacun.

Au sein de la liste des publications de l'Institut des dernières années, une vingtaine de titres concerne la santé psychologique. Parmi eux, des guides de diagnostic, d'évaluation, de prévention, de formation, des publications qui abordent les thèmes de la violence dans les organisations, du sens au travail, des pratiques de gestion, de l'organisation, de l'engagement, etc. En santé psychologique comme en d'autres domaines, il faut encore accroître les connaissances théoriques et, parallèlement, proposer des solutions pratiques. Nous y travaillons.

Nous sommes heureux d'accueillir les participants au colloque du 3 novembre. Ils pourront recueillir l'information la plus récente sur le sujet et échanger avec les chercheurs.

Le sujet vous intéresse ? Vous trouverez de l'information sur le colloque à l'adresse suivante : www.irsst.qc.ca/fr/sante-psychologique.html

L'accès au savoir

 L'IRSST a adopté, au début de l'été, une politique de libre accès à la documentation scientifique. En ce sens, nous nous engageons dans un courant mondial qui prône l'accessibilité au plus grand nombre, la gratuité pour le lecteur et la pérennité de l'accessibilité aux connaissances. Concrètement, cela signifie que nous encourageons le personnel scientifique et les chercheurs dont nous finançons les travaux à conserver les droits d'auteur des articles qu'ils publient dans des revues savantes afin qu'ils puissent être archivés sur notre site Web ou dans des bases de données prévues à cet effet.

Depuis avril 2009, nous encouragions le personnel de recherche à adhérer, sur une base volontaire, à ce mouvement qui mobilise les scientifiques du monde entier et favorise une plus large diffusion des articles publiés dans les revues savantes. L'adoption d'une politique officielle en ce sens répond à l'un des énoncés de la mission de l'IRSST qui stipule qu'il doit assurer la diffusion des connaissances et jouer un rôle de référence scientifique.

Pour l'Institut et pour les chercheurs, le Libre accès, mieux connu sous le terme Open Access, a de nombreux avantages. Il permet de maximiser la visibilité, et donc la pénétration et l'utilisation, des produits de la recherche. Le Libre accès assure la disponibilité immédiate, en ligne et gratuite des produits de la recherche sans aucune des restrictions d'utilisation imposées habituellement par les conventions des éditeurs en matière de droits d'auteur.

En favorisant le Libre accès, l'Institut se joint à un nombre grandissant d'organismes canadiens de recherche, dont les IRSC et le FRSQ, qui favorisent un accès universel, gratuit et rapide aux connaissances issues de la recherche scientifique.  

L'Institut étend ainsi l'éventail des produits qu'il offre à ses partenaires des milieux de travail et scientifiques. Sur son site Web, les articles scientifiques s'ajoutent aux rapports, aux guides, aux fiches techniques, issus des travaux de recherche, offrant un autre niveau d'information.

Des articles scientifiques libres de droit sont actuellement disponibles sur notre site Web. D'autres seront ajoutés graduellement au fil des disponibilités.

 

Bonne lecture.

 

 

 

En santé et en sécurité sur les chantiers de construction

Au début du mois d'août, la CSST lançait pour une 13e année consécutive, son Plan d'action pour le secteur de la construction, auquel collaborent les associations patronales et syndicales. Cette année, quatre grandes cibles sont visées : les risques pour la santé (amiante et silice), les chutes de hauteur, les effondrements (tranchée, excavation, échafaudage) et les risques d'origine électrique. Par son Plan d'action, la CSST espère favoriser une meilleure prise en charge de la prévention par les employeurs et les travailleurs. 

Bien sûr, l'IRSST soutient le Plan d'action de la CSST et ses efforts pour réduire le nombre d'accidents et de maladies liées à certains risques du secteur de la construction. Il y contribue d'ailleurs depuis sa création, il y a 30 ans, puisque la sécurité des monteurs de lignes, des charpentiers-menuisiers et des travailleurs affectés au coffrage figure parmi les préoccupations des toutes premières recherches qu'il a menées. Au fil des ans, des recherches sur les câbles de secours horizontaux, les garde-corps, les échafaudages, les étançonnements et les blindages d'excavations, l'amiante, et de façon plus large, l'analyse des scénarios d'accidents, les portraits statistiques, les maux de dos et la réadaptation ont porté leurs fruits. Jusqu'à aujourd'hui, l'IRSST a publié une quarantaine de rapports de recherche qui concernent les travailleurs de la construction. Les travaux sur les tranchées, la silice et les grues utilisées sur les chantiers, notamment, se poursuivent. Les métiers, les techniques, les outils, les équipements et les situations de travail de ce secteur sont variés et en constante transformation, ils appellent toujours de nouvelles connaissances en SST. 

Au Québec, le secteur de la construction compte près de 200 000 travailleurs, soit un travailleur sur 20, et 23 000 employeurs. Depuis dix ans, le nombre d'heures travaillées a augmenté de 85 % sur les chantiers, tandis que le nombre de lésions professionnelles n'a augmenté que de 8 %. Les recherches menées par l'IRSST, on peut le présumer, ont contribué à cette amélioration. Mais il y a encore à faire, nous sommes et serons de la partie.

Marie Larue

 

Pas de répit pour la SST

Été caniculaire, conseils pour prévenir les coups de chaleur, décès causé par la vitesse excessive près d'un chantier routier, travailleur écrasé par un chariot élévateur, mécanicien tué par un pneu qui explose, pompier sérieusement blessé en combattant un incendie, publication de rapports d'enquête d'accidents, etc. En jetant un œil sur l'actualité, on constate facilement qu'il n'y a pas de répit en santé et en sécurité du travail, même si c'est l'été, puisque ces quelques événements sont tous survenus en juillet.

Malgré le lot de mauvaises nouvelles et de leurs tristes conséquences, il y a des employeurs et des travailleurs qui se prennent en charge et appliquent des programmes de prévention. J'oserais dire qu'il y en a de plus en plus.

Il suffit de relire l'article du magazine Prévention au travail, édition été 2010, dans lequel on parle des deux pionniers du paritarisme en SST, Ghislain Dufour, ex-président du Conseil du patronat et feu Louis Laberge, ex-président de la FTQ qui ont longtemps siégé au conseil d'administration de la CSST et de l'IRSST et à qui on remettait un Prix hommage. Parlant de la situation qui prévalait en 1980, M. Laberge disait alors que « les maladies professionnelles n'étaient pas encore reconnues, et ni les employés ni les employeurs ne se souciaient de santé et de sécurité ». En trente ans, la situation dans les milieux de travail a donc évolué.

Alors, souhaitons que la SST demeure un sujet d'actualité, mais pour de bonnes raisons, et pas seulement pour nous rapporter les nouvelles relatives aux accidents qui surviennent encore.

Entretemps, n'oubliez pas que la prévention n'est jamais en vacances...!

Bon été.

 

Marie Larue

La recherche, est-ce concret ?
L'avancement des connaissances en santé et en sécurité du travail (SST) donne-t-il lieu à des réalisations concrètes pouvant être utiles aux milieux de travail ? Cette question revient ponctuellement et pas seulement dans le monde de la recherche en SST. Chaque fois qu'on me la pose, je réponds toujours que le transfert des connaissances (TC) est une priorité organisationnelle. De ce fait, le TC et la valorisation du savoir sont intégrés systématiquement à chaque projet de recherche. Ces activités donnent parfois lieu à la production de guides, de fiches techniques ou d'utilitaires. Certains ont un caractère plus officiel. Ainsi, que ce soit pour l'application de méthodes ou l'établissement de valeurs d'exposition, le Règlement sur la santé et la sécurité du travail fait référence à trois guides élaborés par l'IRSST. Il s'agit du Guide d'échantillonnage des contaminants de l'air en milieu de travail, le Guide des appareils de protection respiratoire utilisés au Québec et le Guide d'ajustement des valeurs d'exposition admissibles pour les horaires de travail non-conventionnels. Dans le cas de ce dernier, il est cité en référence depuis 2004 dans le TLV Book de l'American Conference of Gouvernmental Industrial Hygienists (ACGIH) qui est un peu la bible de la plupart des hygiénistes intéressés aux valeurs limites d'exposition ou aux indices biologiques d'exposition.

D'autres, en plus de leur utilité, ont contribué à la notoriété de l'IRSST à l'extérieur du Québec. Citons notamment le Guide de bonnes pratiques favorisant la gestion des risques reliés aux nanoparticules de synthèse qui a même été traduit en japonais par nos collègues du centre de recherche JNIOSH, l'utilitaire Mixie sur les interactions toxicologiques qui a été adapté à la réalité tchèque ou encore le logiciel Doc-Quais qui permet d'évaluer le niveau de sécurité des quais de transbordement et qui a été traduit par les Belges.

Pour découvrir l'ensemble des guides, fiches et utilitaires qui découlent de résultats de recherche, dont notre plus récent Guide sur la sélection des gants de protection, je vous invite à visiter le site de l'IRSST.  Chose certaine, ces outils sont très utiles aux intervenants en SST et le personnel scientifique de l'Institut en produira d'autres.

 

Bonnes découvertes.

 

Marie Larue

Plus de Messages « Page précédente - Page suivante »